Le livre d'Alain de Vulpian A l’écoute des gens ordinaires, comment ils transforment le monde fait partie des synthèses récentes sur la Culture de l'autorisation, avec Alain Touraine sur Le nouveau paradigme, et Ray et Anderson sur les Créatifs Culturels. De Vulpian a fondé en 1954 la Cofremca (devenue aujourd'hui Sociovision), équipe d'ethnologues travaillant sur la compréhension du changement dans les sociétés modernes. Son livre fait une synthèse de 50 ans de recherches. On y trouve quantité d'informations et d'analyses permettant de comprendre le mode de fonctionnement de la culture de l'autorisation. Par exemple, il montre comment "le contact avec soi" s'est approfondi et est devenu une force sociale : " Le processus d'approfondissement du contact avec soi-même s'est très largement diffusé au cours des années 80 et 90. L'immense majorité des histoires de vie ou de tranches de vie que nous avons analysées regorgent d'évocations de prises de conscience et de maturations. Nos interlocuteurs tirent enseignement non pas de la lecture des philosophes mais des expériences de leur vie. Et les jeunes générations qui arrivent à l'âge adulte doivent probablement à leur environnement éducatif de paraître mûrir plus vite encore mais, pour l'essentiel, dans les mêmes directions que leurs aînés. Nous voyons des gens cheminer, hésiter, expérimenter, être déçus ou comblés, méditer leurs réussites et leurs déconvenues. Nous en voyons dont le parcours a la forme d'une pente ascendante et régulière : chaque expérience nouvelle les enrichit et les fait accéder à un stade supérieur de compréhension et d'intégration de leur intimité. D'autres avancent, butent, retournent en arrière et avancent à nouveau. D'autres encore restent en route."
Alain de Vulpian souligne la profondeur du changement en cours, de l'ordre du changement de civilisation : "Les gens, nous le verrons tout au long de ce livre, ont ainsi entamé une mutation qui affecte l'économie de leur personnalité et débouche sur une transformation de l'architecture de la société. C'est une mutation profonde et globale, individuelle et sociale, qui va très au-delà du changement des valeurs partagées par la plupart, sur lequel on a trop tendance à mettre l'accent parce qu'il est facile à mettre en lumière à l'aide de sondages d'opinions."
Mais, "Attention, fragile", conclut-il : " Nous sommes tous des gens ordinaires et nous pesons sur le cours des choses d'une façon qui s'impose à ceux qui se croient puissants. Un décalage se creuse ainsi entre les pouvoirs, les institutions, les entreprises et la société civile. Des
tensions, des blocages, parfois de la violence, en résultent. Ce ne sont pas les signes d'un inévitable déclin, mais plutôt ceux d'un accouchement difficile et douloureux. L'impression que nous sommes à la croisée des chemins ne me quitte pas. Ce processus de civilisation n'est pas prédéterminé. A tout moment, nous courons le risque de gâcher l'opportunité d'une société heureuse, humaniste et relativement pacifique pour retomber dans les voies de l'autorité et des clivages. En contribuant à faire comprendre les dynamiques en cours, j'aimerais que nous puissions tirer parti du potentiel d'harmonie que recèle la société de l'an 2000. Bonne chance aux générations futures."
Alain De VULPIAN A l’écoute des gens ordinaires, comment ils transforment le monde, préface de Christian Blanc, Dunod 2004
