« septembre 2005 | Accueil | novembre 2005 »

L'élu et le management participatif

Jean Yves Grenouillet , maire de St Hilaire le Château (296 habitants, Creuse) de son métier est agent chez France-Telecom. Il a réduit ses horaires de travail à 80%, afin de pouvoir s'occuper les mercredi et vendredi après-midi de ses fonctions de maire. Il consacre ce vendredi-là à notre entretien ; pendant qu'il s'active à quelques tâches urgentes dans son bureau du rez-de-chaussée, la secrétaire de mairie m'accueille au premier étage dans la salle du conseil. Elle m'explique combien la fonction municipale s'est compliquée depuis une dizaine d'années. Un ancien maire lui disait : "Avant, on faisait les mariages et les décès et le reste n'était pas très compliqué". Aujourd'hui il faut tout faire. Tenez, en ce moment, surveiller les affiches électorales. S'il y en a une qui est détériorée, le maire doit prévenir pour la faire remplacer. S'il y a un problème avec une assurance dans un logement, c'est le maire qui dresse le constat. Et puis le voisinage, les chiens. On fait beaucoup de social : "Tiens j'ai reçu un courrier tu ne peux pas me faire un brouillon?". Les lapins de garenne déterrent les tombes : il faut négocier avec la société de chasse, regarder les législations.

Là-dessus Jean-Yves Grenouillet arrive, un panier d'osier sous le bras. Il en tire une bouteille thermos et sert le café. La quarantaine, habillé plutôt décontracté, d'allure discrète. Il s'étonne d'avoir été choisi pour ces portraits : "On est un tout petit village"… Informé de la conversation qui précède sur la multiplicité des responsabilités municipales, il confirme en citant à son tour quelques exemples. Et très vite il en vient à ce qui apparaît comme une exigence importante : le travail d'équipe. Le travail d'équipe, pour lui, c'est une réponse logique à la complexité du métier d'élu local et au poids croissant des responsabilités. C'est aussi une rupture avec un mode d'exercice du pouvoir qu'il n'accepte pas. Les maires précédents avaient une approche plus directive sur les décisions. Ce n'est pas une critique contre les personnes, pour qui Jean-Yves Grenouillet a plutôt de la sympathie, c'est une question de méthodes de travail, et aussi de générations : "Les jeunes acceptent moins. Ils se replient sur eux-mêmes, finissent le mandat et ne renouvellent pas. Sur les onze élus actuels, six viennent de l'ancien Conseil Municipal."

Quelle alternative? Il explique sa conception : les élus sont des bénévoles, il faut qu'ils viennent d'eux-mêmes au conseil, il ne faut pas les tirer ; sinon on va à l'échec. C'est toute la responsabilité du maire de les intéresser, de les amener à parler dans les réunions. Prendre le temps de préparer les réunions, éviter de froisser les susceptibilités. Je lui demande d'où lui vient cette réflexion sur les méthodes de travail. Il a appris le management participatif au sein de son entreprise. Et c'est dans son activité professionnelle aussi qu'il a pris goût à la convivialité dans le travail. Il a commencé à Boulogne Billancourt, à l'époque où les lignes téléphoniques étaient encore en égouts. "Le travail était dur, on vivait dans des foyers, mais il y avait une solidarité, une vraie convivialité".

A plusieurs reprises il reviendra sur sa position de critique active et constructive de l'autoritarisme : "Cela ne pouvait pas être envisagé autrement, reprend Jean-Yves Grenouillet". Je ne conçois pas le Conseil Municipal sans une participation de chacun, même si elle est minime. On assume ensemble la responsabilité. … Les gens sont actifs. Pas tous, certains ont des surcharges de travail, mais la plupart."

Extraits de Laurent MARTY et al. Et devinez sur qui ça retombe? Ou la vie quotidienne des maires dans 32000 communes. (Ouvrage collectif) Caisse des dépôts et consignations - Mairie - Conseil, La documentation française, 2002

Voir aussi sur la fonction d'élu local: L'élu  confronté à  la souffrance psychosociale

Europe – Afrique, perdant - perdant, ou gagnant - gagnant?

Afrique Ils arrivent ! par Tahar Ben Jelloun (extraits)

Ce n'est plus le désert qui avance, ce sont des hommes et des femmes qui arpentent les sables, guidés par une lumière illusoire, et qui, au bout du parcours, finissent par se jeter contre des barrières en fil de fer barbelé. Certains bricolent des échelles avec des roseaux, d'autres escaladent ce mur mouvant pieds et mains nus. Le vent fait des trous dans ces frontières qu'enjambent des Africains avec force et détermination, quitte à perdre la vie. C'est que leur vie a été saccagée, ils veulent la changer, ils veulent sauver celle de leurs enfants restés au pays. Ils ont eu le temps d'apprivoiser la mort.

La planète vacille, et le monde se contente de colmater la peur et d'encourager le repli. Des frontières se ferment, on parle d'invasion.

Notre avenir rejoindra cet enfer si rien de décisif n'est entrepris. L'Europe ne pourra plus vivre en paix et en sécurité, car le désert avance, comme si les enfants de ceux qu'on a dépossédés s'étaient mis instinctivement en route vers les pays du Nord.

Il est temps que l'Europe regarde vers le Sud et ait assez d'imagination pour mettre sur pied une véritable politique de l'immigration, qui serait accompagnée d'un plan d'investissement dans ces pays pauvres, ou plutôt appauvris. Il faut créer une politique africaine au sein de l'Union européenne, une politique sérieuse et intègre qui fasse barrage aux intérêts particuliers des anciennes puissances coloniales, aide les démocraties naissantes et soutienne un développement vraiment durable.

Extraits de l'article publié dans Le Monde du 28.10.05

Michel Fize sur "la démocratie familiale"

"La démocratisation de la vie familiale est contemporaine de la révolution industrielle et de Cinma_padre_padrone l'urbanisation. L'émiettement croissant du travail, lié à la production industrielle de masse, à une administration compliquée, la disjonction entre l'habitation et le lieu de travail, la transformation de l'artisan ou du petit producteur en ouvrier ou employé admis au marché de la consommation, n'ont cessé de contribuer à vider de son contenu (et de sa légitimité) l'autorité du père et à réduire son pouvoir à l'intérieur comme à l'extérieur de la famille. A partir de 1945 et dans les décennies qui vont suivre, la famille va connaître une mutation, sans doute aussi profonde que la mutation économique. 1e passage d'une structure familiale autoritaire à une structure démocratique constitue une révolution fondamentale, comparable à celle que représente le passage d'une société de pénurie à une société d'abondance.
…Le formalisme, les règles de préséance, d'une façon générale, l'organisation rigide de la vie familiale passent progressivement au second plan. La communication, l'autonomie, la tolérance deviennent les nouveaux principes, il est désormais acquis que la famille est avant tout un lieu de communication et d'échanges, que les relations doivent y être affectives et non fondées sur des rapports de force ou des situations d'autorité. Le groupe familial a d'abord pour mission de préserver la liberté de chacun et de favoriser l'épanouissement et l'autonomie de tous. Il doit enfin faire du dialogue la clé de voûte de l'édifice familial.… La famille-institution cède la place à la famille-relations.… Des relations horizontales se substituent à une hiérarchie verticale, les adolescents imitent moins leurs parents qu'ils ne copient leurs copains. Ils aspirent moins à entrer dans la société adulte qu'à rester dans leur classe d'âge. En d'autres termes, il y a blocage de toute une génération à l'intérieur d'eux-mêmes. C'est "l'émigration intérieure", le repli sur soi, un enracinement dans des lieux privilégiés, abrités, isolés de la vie publique. Ces "cavernes" constituent autant de petits cercles ou des groupements de faible amplitude qui peuvent se former à n'importe quel niveau de la vie collective et dans n'importe quelle institution."

Michel FIZE La démocratie familiale Presses de la Renaissance, 1990

Photo extraite du film "Padre padrone", réalisé par les frères Taviani, à partir du roman autobiographique de Gavino Ledda.

Laguiole et la culture de l'autorisation

Aubrac0001 L’entreprise qui produit le Laguiole (le fromage), se trouve à la sortie du bourg vers St Flour. Soixante-six agriculteurs l’approvisionnent en lait, et les camions emportent les tomes de fromage vers tous les horizons. A l’origine, une production de fromage du pays comme il y en a dans toutes les montagnes petites, moyennes et grandes, de France et d’ailleurs. Dans les années cinquante, la production est tombée au plus bas.

- Les ethnologues du CNRS qui avaient enquêté sur la région pronostiquaient pour dans vingt ans la « ranchérisation », raconte André Valadier.

Avec quelques amis agriculteurs de son âge, il fonde une petite coopérative, appelée « Jeune montagne », pour permettre de rentabiliser les structures agricoles de petite taille. André Valadier est âgé alors de 25 ans. Aujourd'hui, des 25 tonnes des années cinquante, on est revenu à une production de 700 tonnes par an, (soit celle atteinte au début de ce siècle).

De cette réussite, peut on tirer quelque recette, comme pour l’aligot et les chef-d’œuvre de l’art culinaire qui ont fait la renommée de Bras ? C’est ce que nous sommes venus chercher ici. André Valadier ne nous en voudra pas de dévoiler quelques-uns des secrets de cette aventure dont il parle avec tant de ferveur. Après avoir observé, écouté, nous avons retenu trois composantes clés: s’autoriser, faire avec et valoriser.

- Il y a deux manières de réagir par rapport au handicap, dit Valadier. Soit on insiste sur ses faiblesses, on abonde dans le sens du handicap et on demande de l’aide. Soit on puise dans la difficulté l’énergie d’entreprendre, pour dépasser les handicaps. 

Et, comme il aime imager ses propos pour leur donner du piquant… Aubrac0020

- On pourrait imaginer planter des bananiers sur le plateau de l'Aubrac : on aurait le maximum de handicaps, et le maximum de raisons pour demander des aides...

Fleurs_aubrac_0009... Faire avec, c’est aussi savoir manier l’art subtil de la dialectique des opposés. Eviter les ruptures, aime à dire André Valadier. Pour lui, le mondial n’est pas en rupture avec le local, ni la modernité avec la tradition... Si nous l'avons bien entendu, il s'agit de trouver, là où n'apparaissent au premier abord que des termes en opposition, l’endroit où les opposés vont se rencontrer.

Le Laguiole, c’est toute une histoire - un fromage peut aussi être une légende, tout comme une paire de jeans ou un paquet de cigarettes…

Flash-back. Nous sommes très en avance sur le rendez-vous, André Valadier n’arrivera pas avant une heure, alors, M. Bouloc, responsable administratif de l’entreprise, prend ses aises et raconte l’histoire.         >>Lire la suite

Aubrac0003_1 Lire d'autres extraits sur Laguiole et Valadier 

Extraits de Laurent MARTY "Etre d'ici et du monde", Eds Freeway Clermont-Ferrand 1998

La culture de l'autorisation, née dans le désert...

Aubrac_0022_1

                   L'expression "culture de l'autorisation" m'a été inspirée par un entretien que j'ai eu avec André Valadier. Ce jour de février 1997, l'Aubrac était recouvert d'une épaisse couche de neige, il m'a raconté comment son pays menacé de désertification, comme quelques autres endroits du Massif Central, avait retrouvé la vie, et aujourd'hui réussissait à garder ses jeunes. Il a parlé du renouveau de la coutellerie, et surtout bien sûr de la laiterie coopérative "Jeune montagne" et de la revitalisation du fromage Laguiole.

A l’origine de la réussite de cette entreprise, il y a un manque, une fracture. Dans les années 60, au plus fort des « 30 glorieuses », ces mots-là étaient peu utilisés. Aujourd'hui, malheureusement, ils sont partout dans nos journaux. A la fin des années 50, l'Aubrac était généralement considéré comme un pays perdu, condamné au mieux à une tiers-mondisation en devenant approvisionneur de matières premières, au pire à la désertification. Les raisons en sont connues : l’Aubrac ne réunit pas les conditions pour s’intégrer dans les grands modèles de croissance.

Après quelques décennies d’expérience, André Valadier arrive à la réflexion suivante : quand on se sent accablé par les manques et que ceux-ci menacent de nous transformer en handicapés du progrès, la réponse est de s’autoriser.

- Il y a deux manières de réagir par rapport au handicap, dit Valadier. Soit on insiste sur ses faiblesses, on abonde dans le sens du handicap et on demande de l’aide. Soit on puise dans la difficulté l’énergie d’entreprendre, pour dépasser les handicaps.

Aubrac0003_2 >>Lire la suite

Lire d'autres extraits sur Laguiole et Valadier 

(Extraits de Laurent MARTY "Etre d'ici et du monde", Eds Freeway Clermont-Ferrand 1998)

Des ateliers d'écriture épistolaire entre enfants et adultes

La Boîte à Mots est une œuvre un peu magique, à la fois utile et belle. Lieu d'apprentissages Couv_bam0008 multiples : l'enfant auteur explore à la fois le geste d 'aller vers l'autre, la difficulté et la richesse de l'écriture, le plaisir des mots échangés, et la possibilité d'entrer dans le monde en confiance : il y a quelque part un adulte attentionné disponible pour l'écouter. Tout en tissant tranquillement le fil des générations, la Boîte à Mots offre aux adultes un lieu d'échange d'une étonnante qualité. Accompagné par les dessins d'Edith Henry, le lecteur découvre une part du mystère de la Boîte à Mots : comment devenir l'auteur d'une petite histoire d'amour, et ainsi dénouer un peu du chaos du monde.

Laurent Marty, ethnologue et consultant, nous raconte cette modeste aventure, en la resituant dans la dynamique des pratiques d'autorisation : dans un contexte marqué par le changement incessant, la complexité, la difficulté de "s'y retrouver", chacun est amené à construire soi-même une part importante de son existence. Par cet acte d'autorisation, nous refaisons le monde autour de soi, et cela génère une intelligence nouvelle, dont voici un bel exemple.                                   

                                                                                     (4ème de couverture)

Extrait de la préface de Marie DESPLECHIN:

La Boîte à mots met en jeu des liens fondamentaux autour d’une pratique ancienne. Mais tout est contemporain dans son fonctionnement, de son existence en réseau à sa pratique « artisanale », et à son recours politique aux engagements individuels. L’association répond à cette terreur moderne de vivre abandonné, oublié dans la masse humaine des villes. La Boîte à mots vous enseigne que le monde n’est pas aveugle et sourd. Ce que nous, Tom et Betty, savons d’expérience, eux, les enfants, ne le savent pas forcément. Que parmi les hommes et les femmes innombrables et anonymes, il en existe un ou une pour vous lire et vous répondre, sans rien exiger de vous en retour, peut implanter dans un être une dose d’espoir inestimable, et durable.

_____________________________________________________________________

(Laurent MARTY La Boîte à Mots, ateliers d'écriture épistolaire entre enfants et adultes. Préface de Marie Desplechin. L'Harmattan 2003)

Le pouvoir nouveau de l'imagination

Beatles_imagine"L'imagination a désormais acquis un pouvoir singulier dans la vie sociale. Exprimée en rêves, en chansons, en fantasmes, en mythes et en histoires,  elle a toujours fait partie du répertoire de chaque société sous une forme culturellement organisée. Mais aujourd'hui, l'imagination possède dans la vie sociale une nouvelle force qui lui est spécifique. Davantage de gens, dans de plus nombreuses parties du monde, peuvent envisager un éventail de vies plus large que jamais. Ce changement est notamment dû aux médias, qui présentent un stock riche et toujours changeant de vies possibles, dont certaines pénètrent l'imagination vécue des gens ordinaires  avec plus de succès que d'autres."

Arjun APPADURAI (Anthropologue d'origine indienne, professeur à l'Université de Chicago) Après le colonialisme Les conséquences culturelles de la globalisation, Payot, Paris 2001

Chef de projet de ma carrière

Pourquoi bloguez-vous?

Un blog, mon blog, pour la recherche d’emploi. Pour l’instant je ne suis pas tentée de parler des annonces auxquelles je réponds puisque le schéma se reproduit (pour moi et pour beaucoup) : Jussara_nunes2 pas de réponse ou des réponses automatiques : nous avons reçu votre CV, nous l'étudions, ou encore si vous ne recevez pas de réponse dans les 3 prochaines semaines nous garderons votre CV avec votre accord. Je raconterai lorsque autre chose que cela se passera.

Un blog pour parler de moi, de mon expérience professionnelle, de mes compétences, de mes envies. Pour parler d’une chose et d’autre, des sites vus, qui semblent marcher ou pas du tout, qui m’ont attiré, le buzz sur le net. Et d’autres sujets qu'apparaîtront au fil du temps.

Texte et photo extraits du Blog de Jussara Nunes (Brésil): http://jussara-nunes.blogspirit.com/

Les photos les plus récentes

  • Des mondes ordinaires
  • Mur en brique
  • Pédaler, coureur cycliste
  • Planète terre
  • Michel Jonasz
  • Tags Sao Paulo 1
  • Publicité Sao Paulo
  • Tags Sao Paulo 2
  • Tanita Tikaram
  • Livre lunettes
  • Michael Burawoy
  • Arbre à palabre