Jean Yves Grenouillet , maire de St Hilaire le Château (296 habitants, Creuse) de son métier est agent chez France-Telecom. Il a réduit ses horaires de travail à 80%, afin de pouvoir s'occuper les mercredi et vendredi après-midi de ses fonctions de maire. Il consacre ce vendredi-là à notre entretien ; pendant qu'il s'active à quelques tâches urgentes dans son bureau du rez-de-chaussée, la secrétaire de mairie m'accueille au premier étage dans la salle du conseil. Elle m'explique combien la fonction municipale s'est compliquée depuis une dizaine d'années. Un ancien maire lui disait : "Avant, on faisait les mariages et les décès et le reste n'était pas très compliqué". Aujourd'hui il faut tout faire. Tenez, en ce moment, surveiller les affiches électorales. S'il y en a une qui est détériorée, le maire doit prévenir pour la faire remplacer. S'il y a un problème avec une assurance dans un logement, c'est le maire qui dresse le constat. Et puis le voisinage, les chiens. On fait beaucoup de social : "Tiens j'ai reçu un courrier tu ne peux pas me faire un brouillon?". Les lapins de garenne déterrent les tombes : il faut négocier avec la société de chasse, regarder les législations.
Là-dessus Jean-Yves Grenouillet arrive, un panier d'osier sous le bras. Il en tire une bouteille thermos et sert le café. La quarantaine, habillé plutôt décontracté, d'allure discrète. Il s'étonne d'avoir été choisi pour ces portraits : "On est un tout petit village"… Informé de la conversation qui précède sur la multiplicité des responsabilités municipales, il confirme en citant à son tour quelques exemples. Et très vite il en vient à ce qui apparaît comme une exigence importante : le travail d'équipe. Le travail d'équipe, pour lui, c'est une réponse logique à la complexité du métier d'élu local et au poids croissant des responsabilités. C'est aussi une rupture avec un mode d'exercice du pouvoir qu'il n'accepte pas. Les maires précédents avaient une approche plus directive sur les décisions. Ce n'est pas une critique contre les personnes, pour qui Jean-Yves Grenouillet a plutôt de la sympathie, c'est une question de méthodes de travail, et aussi de générations : "Les jeunes acceptent moins. Ils se replient sur eux-mêmes, finissent le mandat et ne renouvellent pas. Sur les onze élus actuels, six viennent de l'ancien Conseil Municipal."
Quelle alternative? Il explique sa conception : les élus sont des bénévoles, il faut qu'ils viennent d'eux-mêmes au conseil, il ne faut pas les tirer ; sinon on va à l'échec. C'est toute la responsabilité du maire de les intéresser, de les amener à parler dans les réunions. Prendre le temps de préparer les réunions, éviter de froisser les susceptibilités. Je lui demande d'où lui vient cette réflexion sur les méthodes de travail. Il a appris le management participatif au sein de son entreprise. Et c'est dans son activité professionnelle aussi qu'il a pris goût à la convivialité dans le travail. Il a commencé à Boulogne Billancourt, à l'époque où les lignes téléphoniques étaient encore en égouts. "Le travail était dur, on vivait dans des foyers, mais il y avait une solidarité, une vraie convivialité".
A plusieurs reprises il reviendra sur sa position de critique active et constructive de l'autoritarisme : "Cela ne pouvait pas être envisagé autrement, reprend Jean-Yves Grenouillet". Je ne conçois pas le Conseil Municipal sans une participation de chacun, même si elle est minime. On assume ensemble la responsabilité. … Les gens sont actifs. Pas tous, certains ont des surcharges de travail, mais la plupart."
Extraits de Laurent MARTY et al. Et devinez sur qui ça retombe? Ou la vie quotidienne des maires dans 32000 communes. (Ouvrage collectif) Caisse des dépôts et consignations - Mairie - Conseil, La documentation française, 2002
Voir aussi sur la fonction d'élu local: L'élu confronté à la souffrance psychosociale







