L'expression "culture de l'autorisation" m'a été inspirée par un entretien que j'ai eu avec André Valadier. Ce jour de février 1997, l'Aubrac était recouvert d'une épaisse couche de neige, il m'a raconté comment son pays menacé de désertification, comme quelques autres endroits du Massif Central, avait retrouvé la vie, et aujourd'hui réussissait à garder ses jeunes. Il a parlé du renouveau de la coutellerie, et surtout bien sûr de la laiterie coopérative "Jeune montagne" et de la revitalisation du fromage Laguiole.
A l’origine de la réussite de cette entreprise, il y a un manque, une fracture. Dans les années 60, au plus fort des « 30 glorieuses », ces mots-là étaient peu utilisés. Aujourd'hui, malheureusement, ils sont partout dans nos journaux. A la fin des années 50, l'Aubrac était généralement considéré comme un pays perdu, condamné au mieux à une tiers-mondisation en devenant approvisionneur de matières premières, au pire à la désertification. Les raisons en sont connues : l’Aubrac ne réunit pas les conditions pour s’intégrer dans les grands modèles de croissance.
Après quelques décennies d’expérience, André Valadier arrive à la réflexion suivante : quand on se sent accablé par les manques et que ceux-ci menacent de nous transformer en handicapés du progrès, la réponse est de s’autoriser.
- Il y a deux manières de réagir par rapport au handicap, dit Valadier. Soit on insiste sur ses faiblesses, on abonde dans le sens du handicap et on demande de l’aide. Soit on puise dans la difficulté l’énergie d’entreprendre, pour dépasser les handicaps.
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(Extraits de Laurent MARTY "Etre d'ici et du monde", Eds Freeway Clermont-Ferrand 1998)
