Malandro, dit le dictionnaire, c'est "un individu qui assure sa survie sans travail régulier mais en recourant à des expédients plus ou moins légaux". Malandragem est l'état de malandro. Toutes les cultures populaires ont créé ce type de personnage, qui défie sans arrêt la misère et le poids du destin. Au Maghreb, il est connu de tous sous le nom de Nasrédine.
Dès le début de la chorégraphie de Landrille Bouba Tchouda, j'ai été touché par les couleurs : les vêtements des danseurs sont tous de couleurs et de dessins différents, sans jamais que cela ne jure! Les danseurs, bien sûr, sont métis, noirs, blancs…! Cette harmonie en elle-même est déjà une grande beauté, un vrai plaisir des sens, comme tout le reste du spectacle. Elle nous parle de la culture brésilienne, de "l'identité construite à partir de la diversité elle-même, constamment mise en mouvement et chargée de nouvelles significations", pour reprendre les propos de Lilia K Moritz Schwarz (anthropologue) dans son passionnant article sur l'identité métisse et malandra. Elle y raconte aussi que lors du recensement précédent, "les Brésiliens ont inventé cent trente-six termes pour décrire leur couleur : orange, rose, couleur de l’âne quand il fuit, rougeoyant, brûlé par le soleil…".
Le spectacle commence par les bruits de la rue et de la mer; les neuf oisifs assis sur banc bientôt s'agitent tranquillement et très vite l'agitation devient danse. La magie de la culture de l'autorisation telle que l'inventent les miséreux arrive sur la scène. Danse espiègle, parfois violente et tragique, mais toujours on retombe sur ses pieds après un bond inattendu, et la musique qui un instant avait été interrompue par le hurlement des sirènes de la police, reprend son cours et donne le rythme.
Lire l'article de Lilia K Moritz Schwarz
A lire aussi, bien sûr les livres de Jorge Amado!