"Il y a quelques années, je regardais une émission à la télé, et le journaliste a qualifié quelque chose de « technologie transitoire ». C'était des chemins de fer qu'il parlait, je crois. D'un truc. Apparemment, une technologie transitoire, c'était l'ancienne façon, malcommode, dont on faisait les choses avant d'arriver à la façon dont on les fait aujourd'hui, qui est facile et logique. Et l'idée qui en découlait, c'était : regardez tout le temps,
l'énergie et l'argent investis dans ce qui n'était qu'un bouche-trou temporaire – ponts ferroviaires et canaux.
Mais tout est technologie transitoire, c'est ce que je commence à comprendre. C'est peut-être ça qui rend la vie impossible parfois. Il y a deux cents ans, les gens savaient avec certitude qu'ils mourraient dans le même monde que celui où ils étaient nés, et il en avait toujours été ainsi. Mais plus maintenant. Le monde ne se contente pas de changer, de nos jours, il est en bouleversement constant. Nous sommes comme des puces vivant sur le dos d'un Dr Jekyll qui serait en permanence au milieu de sa transformation en Mr Hyde.
Je ne peux pas modifier les données du monde où je vis. Ce sont les cartes que j'ai reçues, et je ne peux rien y faire. Tout ce que je peux espérer, c'est de jouer cette main mieux que tous les autres. Quel qu'en soit le prix."
Pour le héros du roman policier de Donald Westlake (d'où est extrait ce texte), le prix, c'est d'éliminer ceux qui lui apparaissent comme des concurrents dans la lutte des places.
Donald Westlake Le couperet, Rivages / noir. Costa Gavras a tiré de ce livre un film avec José Garcia, Karin Viard...







