Billy, onze ans, découvre avec surprise qu'un cours de danse partage désormais les même locaux que son club de boxe. D'abord intrigué, puis bientôt fasciné par la magie de la gestuelle, Billy abandonne les gants de cuir pour assister discrètement aux leçons de danse. Devant le talent potentiel de sa jeune recrue, son professeur, Mme Wilkinson trouve une nouvelle énergie.
Mais le père de Billy et son grand frère Tony, tous deux mineurs (et en grève), se battent quotidiennement pour assurer le minimum à leur famille. Les frustrations explosent quand ils découvrent que Billy a dépensé l'argent consacré aux cours de boxe pour des activités nettement moins viriles.
Dans une superbe mise en scène, le film Billy Eliott (2001) fait ressortir le cheminement de l'enfant devenant adulte : rupture, travail, création…
Voici raconté en toute beauté ce qui se joue dans les lieux dédiés aux jeunes, et plus généralement pendant le temps des loisirs. Chacun y retrouvera sans doute une tranche de sa propre vie. Le souvenir d'entraînements au foot, au judo ou à la course de fond. L'apprentissage de la musique, ou le plaisir des balles au prisonnier les après-midi hors école… Mes années d'éclaireur restent dans ma mémoire comme un temps ou j'ai découvert quantité de choses sur la vie où j'ai pu m'ouvrir sur les autres et le monde. J'ai rencontré récemment dans une enquête un petit village qui rayonnait sur la région et au-delà par la qualité de son club de foot. Les entraîneurs (par ailleurs élus municipaux) m'ont expliqué comment ils tenaient à ce que le foot soit à la fois un moment de plaisir et d'apprentissage de la vie.
...Billy Elliott nous parle de l'autorisation comme manière de répondre à l'incertitude, et comment jeunes et adultes s'y retrouvent ensemble. Les personnages du film s'autorisent, ils décident de changer, de réécrire le scénario de leur vie, autant le jeune Billy que les adultes (le père, la professeur de danse), et cette rencontre dans l'autorisation produit une qualité des relations renouvelée.
Prenons par exemple ce moment du film où finalement le père prend le train pour accompagner le fils à Londres. Il dit alors à son fils qu'il n'est jamais allé à Londres. Pourquoi? Demande le fils. Tu crois qu'on a le temps quand on est à la mine!. Et le fils a cette réplique : Il n'y a pas que la mine dans la vie!
Le petit homme de ce tournant de siècle s'ouvre sur son voisin et sur le monde ; quittant la posture courbée du repli sur soi, il s'autorise. Epreuve, quête et aboutissement, on aura reconnu le canevas de tous les contes, récits légendaire et mythologiques. Avec cette particularité de notre époque : le vécu et l'histoire sont simultanés. Comme il n'y a pas d'histoire préétablie qui réponde aux questions que nous nous posons, nous avons à inventer nous mêmes l'histoire au fur et à mesure que nous la vivons! De ce point de vue, les adultes se retrouvent dans la même recherche que les jeunes - avec cette différence soulignée plus haut que les adultes ont déjà parcouru le chemin, éprouvé les bornes et les balises, les dérapages et les murs …
L'histoire de Billy Elliott enfin confirme le rôle que jouent les médias modernes dans l'imaginaire contemporain : ce conte moderne, comme d'autres histoires (ET, Harry Potter, Le goût des
autres, Amélie Poulain, etc…) remplit les mêmes fonctions esthétiques et structurantes que les contes et récits mythologiques d'autrefois. L'individu d'aujourd'hui baigne dans un flot d'images et de sons avec lesquels il vit en interaction étroite, de la même manière que dans les sociétés traditionnelles histoires et images faisaient pleinement partie de l'existence (le « réseau de mythèmes rusés » dont parle Jacques Lacarrière à propos de la mythologie grecque ). Une différence importante : l'effet des histoires à l'époque des médias électroniques est massif et rapide, et les jeunes peuvent s'y autoriser plus directement, par exemple par la création musicale comme le Rap, présent à Strasbourg comme dans nombre d'autres villes. Dans ce contexte l'intersubjectivité tend à occuper une place croissante, devenant un lieu puissamment actif dans les processus d'initiation contemporains.
Extrait de "Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était".
Billy Elliot, un film de Stephen Daldry avec Jamie Bell, Gary Lewis, Jamie Draven et Julie Walters.