Alessandro Baricco est connu pour ses romans, dont le superbe Soie. Un jour, à la suite des manifestations au sommet du G8 à Gênes, il s'est rendu compte qu'il ne savait pas grand-chose de la mondialisation :
" Jusqu'à ce moment-là, à dire vrai, ça ne m'avait pas semblé trop grave de ne pas avoir une idée très précise de la globalisation. Mais là, tout à coup, ça m'a paru non seulement grave mais aussi plutôt lamentable, et étonnant, et absurde."
Il s'est informé, et a écrit son point de vue, ses questions, dans quatre articles publiés par La Republica :
"Quand les articles sont sortis, j'ai reçu pas mal de lettres. Presque toutes très agressives, presque toutes plutôt méprisantes. Ça les agaçait beaucoup qu'un écrivain vienne leur faire un cours sur une question qui n'avait rien à voir avec son métier Certains étaient pour la globalisation, d'autres contre. Mais le résultat était le même. Ils trouvaient ahurissant ce que j'osais dire et m'invitaient à retourner à mes romans. Et certains me suggéraient de laisser tomber ça également.
J'ai essayé de ne pas en faire une affaire personnelle, et j'ai un peu réfléchi sur tout ça. Quand j'ai eu fini de réfléchir, j'avais décidé de prendre les quatre articles et d'en faire un petit livre.
Pas par esprit de polémique. Mais parce que j'y crois. La globalisation, c'est un problème qui nous concerne tous, et sur lequel nous avons des idées plutôt confuses, tous autant que nous sommes.
Faut-il être docteur en économie politique pour pouvoir être utile quand on explique un peu ce qui se passe ? Je ne crois pas. Au contraire. Chacun peut apporter sa contribution. Un écrivain, par exemple, peut présenter deux avantages : le premier, c'est qu'en raison du métier qu'il fait, il réussira peut-être à être plus clair qu'un professeur d'université ou un ministre des Finances. Le second, c'est qu'il fait, précisément, un métier qui n'a rien à voir, et donc il peut, du moins sur le papier, voir les choses de loin, sans être trop conditionné par des préjugés et des intérêts divers. Bien sûr, il peut se tromper. Mais pas parce qu'il est écrivain. Éventuellement, malgré le fait qu'il est écrivain."
Extraits de "Next, petit livre sur la globalisation et le monde à venir"