"Mon histoire, c'est une histoire d'amour...". Madeleine Banizette s'avance entre les tables. Une trentaine de paires d'yeux la suit. De la voix, du geste, la conteuse retient rapidement l'attention des pensionnaires de la maison de retraite médicalisée La Sainte Famille, à Clermont-Ferrand. Derrière elle, assises sur des chaises face à l'auditoire, trois autres membres du groupe Soliconte attendent leur tour. Elles aussi raconteront quelques histoires, piochées dans leur répertoire personnel.
Depuis 1986, une petite dizaine de personnes, presque uniquement des femmes, se relaie ainsi pour se rendre dans des maisons de retraite, des foyers logement, des établissements de soin ou des clubs de quartier, afin d'y dire des contes. Drôles, mélancoliques, exotiques, extravagants ou émouvants, leurs récits sont d'abord rodés lors de l'une des réunions que tient Soliconte, deux fois par mois.
Chaque conteuse doit constituer son propre répertoire. "Je lis beaucoup de textes, détaille Madeleine. Il m'arrive d'en lire plusieurs dizaines avant de me dire, "celui-là, il est pour moi"..."
... Un jour, un homme m'a prise à part et m'a dit: "Vous avez été mon bonheur"...».
C'est pour connaître de tels moments que, à peine sa vie active achevée, voici deux ans, elle a choisi de s'investir dans une activité bénévole. "J'avais envie de m'occuper de moi, intellectuellement comme physiquement, mais aussi; d'apporter quelque chose aux autres. Le conte s'est imposé à moi grâce à la magie de la parole."
Extrait d'un article d'Yves Le Faou sur l'association "Soliconte", La Montagne 6.2.06
Image de Frédéric Clément, publiée dans Instants cléments