Existe-t-il une alternative entre le tout-Etat et la mise en question radicale des institutions? Pour sortir de cette opposition, le sociologue anglais Richard Sennett, s'appuyant sur l'expérience britannique de ces dernières années, invite à une approche "culturelle", précisant ainsi ce qu'il entend par "culture" : I mean 'culture' in its anthropological rather than artistic sense. What values and practices can hold people together.
Les générations des années 60 voulaient moins d'institution et moins de carcan organisationnel dans la vie professionnelle, dit Sennett. Leurs désirs ont été réalisés. Mais à vouloir trop mettre de côté les institutions, on créé de nouveaux problèmes. Peu d'hommes et de femmes peuvent vivre en permanence dans des conditions sociales instables et fragmentées. Les hommes et femmes ont à relever trois défis :
1. Gérer des relations à court terme, passer d'une activité à l'autre, d'un job à un autre job, d'une place à une autre place. Si les institutions n'apportent pas un cadre à long terme, les individus ont à improviser leur propre histoire de vie, ou même à vivre sans aucune cohérence dans le sens de soi.
2. La vie des compétences est brève, le temps est fini du "métier qui dure toute la vie". Comment gérer ce changement permanent?
3. L'instabilité oblige constamment à renoncer à ce que nous avons acquis, à se trouver soi-même dans la position que nous donnons aux biens de consommation : périmés très rapidement. Or l'individu a besoin d'une sécurité de base.
Sennett conclu ainsi : les hommes et femmes ont besoin d'une histoire de vie qui les soutienne : A self oriented to the short-term, focused on potential ability, willing to abandon past experience is - to put a kindly face on the matter - an unusual sort of human being. Most people are not like this; they need a sustaining life narrative, they take pride in being good at something specific, and they value the experiences they've lived through. The cultural ideal required in new institutions thus damages many of the people who inhabit them.
Richard Sennett décrit fort bien l'épreuve que vit l'individu d'aujourd'hui. Mais dans cet article, il ne parle pas de ce que créent ces mêmes individus pour traverser l'épreuve, et comment ce faisant produisent eux-mêmes du récit, du sens, du lien (voir à ce sujet "Ils l'ont fait" et les notes * et ** ) . Il semble que pour lui la re-création du récit est du ressort unique des institutions : on reviendrait alors au modèle étatique, où l'Etat et les communautés institutionnelles sont les représentantes uniques de l'intérêt commun.
Extraits d'un article paru dans Spiked >>Voir à ce sujet: La culture de l'autorisation /