Une de mes activités consiste à travailler avec les autorités locales ou régionales sur l'identité des territoires. Il s'agit soit de conforter les liens identitaires d'un territoire déjà existant, soit de prendre en compte la dimension identitaire dans la création d'un territoire. Par exemple, pour la définition d'un périmètre de Pays, on me demande d'apporter un point de vue sur la question : Est-ce que cela a un sens de rassembler ces gens sur un même périmètre de territoire?
Au cours de ces enquêtes, j'ai pu constater la croissance d'une réelle attente de la part du citoyen de base de participer plus activement à la vie locale. Cela se passe notamment de la manière suivante : les gens ont pris l'habitude d'aménager leur espace privé. J'entends par espace privé la maison, le jardin, mais aussi leur écologie personnelle, non seulement au niveau de la famille et des amis, mais aussi dans leurs propres équilibres intérieurs. Et tout naturellement, ils ont envie d'étendre ce "pouvoir" aux prolongements locaux de leur vie privée : soucieux du développement de leurs enfants, ils vont s'investir dans les associations de loisirs (comme le sport ou la musique), les associations de parents d'élèves, etc. Soucieux de leur qualité de vie, ils vont s'investir dans l'aménagement de l'environnement local. Assez souvent, cette dynamique conduit à prendre des responsabilités d'élu local.
Leur intention ne se situe ni dans une perspective de carrière politique ni dans une stratégie idéologique préétablie. Ils veulent simplement se donner les moyens d'assurer une vie de qualité à eux et à leurs enfants, en bonne convivialité avec leurs voisins.
Ils ont le souci d'une efficacité ici et maintenant, et n'ont pas du tout dans l'idée de se sacrifier pour des lendemains qui chantent ni de se soumettre bouche cousue à des programmes élaborés en haute altitude. Le problème est qu'ils risquent de se retrouver piégés dans leur propre pragmatisme.
Je monte une association ayant pour vocation de s'occuper des loisirs de jeunes, de diriger une petite école de musique ou bien de s'occuper des sentiers de randonnée, ou encore j'anime une équipe d'élus dynamiques. Le groupe de départ est enthousiaste et déborde d'idées. Vient très vite le moment où il faut s'organiser, trouver de l'argent, embaucher, respecter les normes, gérer toutes sortes de conflits, … Pour répondre à ces questions de gouvernance locale, il existe aujourd'hui un riche corpus de méthodes, je pense par exemple aux méthodes de conduite de projets, animation de réunions, traitement de problèmes, etc., et de plus en plus de lieux où l'on peut les acquérir. La différence entre les endroits où les acteurs utilisent ces méthodes et celles où ils ne les connaissent pas ou ne les utilisent pas activement est considérable. (Voir "Lieux moroses et lieux vivants")
Laurent Marty Intervention au Colloque environnements, cultures et developpements Ifree Novembre 2002
> Voir aussi "L'intimité de la vie locale comme réponse à la mondialisation et à l'insécurité" et "Lucile et l'engagement de l'ethnologue"
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