Dans mon travail d'ethnologue de nos tribus contemporaines, je suis amené à
rencontrer toutes sortes de territoires, tant ruraux qu'urbains. Au fil des ans j'ai fait le constat suivant, étonnant, mais pratiquement toujours vérifié : il existe des lieux moroses, et des lieux vivants, et cela se lit sur les paysages, je dirais même sur les visages.
J'émets l'hypothèse que dans certains lieux les habitants ne sont pas ensemble, mais seulement les uns à côté des autres, isolés, vivant dans un sentiment d'insécurité, et aigris. Cela donne un environnement auquel on ne se sent pas affilié par un sentiment d'appartenance ; des villages et des quartiers moroses, que l'on a envie de quitter. Dans d'autres endroits, les gens qui administrent la cité ont su donner une âme (animer), et cela se lit sur les paysages.
Là où les autorités ont la maturité de respecter et d'accompagner les initiatives, on rencontre généralement une atmosphère de confiance en soi et en l'avenir, bref une sorte de "bien-être ensemble". Et là où les autorités gèrent sans intégrer réellement les initiatives, l'être-ensemble est morose, sans vie, ou traversé de tensions "clanales" pénibles à vivre. On constate une déperdition très nette d'efficacité, un accroissement des complications. La relation à l'environnement est incohérente, parcellisée, d'où les effets négatifs visibles par exemple sur les paysages.
Intervention au Colloque Environnements, cultures et developpements Ifree Novembre 2002