Le conte "rend vivement perceptible ce que la lenteur relative de la vie nous dérobe, à savoir qu'elle est aussi une destinée.", écrit Pierre Bergounioux dans ses Carnet de notes 1980-1990:
"Relu Zadig et Le Monde comme il va. C'est maintenant, seulement, que je deviens sensible au charme du conte. Longtemps, je lui ai trouvé une étendue trop faible pour abriter un contenu qui vaille. S'agissant des mondes parallèles au nôtre, je leur demandais d'offrir des profondeurs, un poids, une épaisseur, un luxe de détails comparables. Les quelques pages du conte me paraissaient inaptes à instituer un simulacre convenable. Je regardais ce genre comme un artifice qui se donne comme tel et dont la gratuité rebutait l'épicier que je suis quand j'étudie. Voltaire oblige à réviser ce jugement. Ses textes courts procurent le même sentiment de plénitude que de grands romans. Pour succinctes qu'elles soient, les notations à effet de réalité ne manquent pas de force et le récit, de courir d'un carrefour du temps à l'autre, rend vivement perceptible ce que la lenteur relative de la vie nous dérobe, à savoir qu'elle est aussi une destinée. Un mot de Flaubert à propos de Voltaire me revient. On sent peser, soudain, la griffe du maître."
Extrait de Carnet de notes 1980-1990, Editions Verdier
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