Enrico était concierge ; il nettoyait depuis 25 ans les toilettes et les parquets d’un
immeuble de bureaux du centre ville. «Pour ses besoins personnels, écrit le sociologue Richard Sennett qui l’a rencontré, il s’inventa une histoire claire (...) Sous la forme d’un récit linéaire, sa vie trouvait un sens à ses yeux (...) Le concierge avait le sentiment d’être devenu l’auteur de sa vie, et même s’il était en bas de l’échelle sociale, ce récit lui inspirait un sentiment de dignité». Il souhaitait cependant pour son fils un autre avenir, et travaillait beaucoup pour cela. Sennett rencontre par hasard Rico, le fils de Enrico. Rico a une formation technique poussée et il est consultant, réussissant fort bien dans son métier. Sa femme aussi a un métier du même type, et y réussit. Pour les besoins de leurs métiers ils sont amenés à déménager plusieurs fois en quelques années. Et Sennett nous fait découvrir la vie hachée, sans repères dans le long terme de la génération qui suit celle de Enrico.
Ce livre de Sennett (Le travail sans qualités) est intéressant au premier chef pour la qualité de son écriture : on le lit avec aisance et plaisir. Et il est important pour ses conclusions : l’ordre à long terme que visait la révolution industrielle aura été plutôt éphémère : les décennies couvrant le milieu du 20ème siècle. Et Sennett de décrire les effets du désordre dans ses formes actuelles sur la personne : ce type d’activité est-il adapté à l’être humain ordinaire? Se demande-t-il. Peut-on vivre dans le long terme dans ces conditions ?
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