Le phénomène "Culture de l'autorisation" n'est pas à proprement parler nouveau. Il
y a toujours eu un fonds humaniste largement partagé, vécu au quotidien dans quantité de petits actes sans autre ambition que de rendre le monde meilleur autour de soi. Jusqu'ici, à travers tous les aléas et toutes les violences de l'histoire, ce fonds l'a toujours emporté (sinon nous ne serions pas là pour en parler). On sait également que ce fonds humaniste a un puissant rôle de régulation durant les périodes de mutations. Les pratiques d'autorisation prennent un sens nouveau dans le contexte contemporain face aux processus d'auto-blocage et de déstructuration auxquels on assiste aujourd'hui. On arrive au moment où la fragmentation et l'individualisation deviennent génératrices de désordre et d'insécurité, et où les personnes réagissent en s'impliquant fortement dans ce qui permet de rétablir les équilibres. Ce mouvement, amplifié avec les moyens gigantesques des médias modernes , donne une force nouvelle à la "société civile". L'acte de s'autoriser à créer autour de soi de la société n'est pas une nouvelle philosophie, pas une institution, pas une technique ni une méthode… (ce qui ne veut pas dire que la Boîte à Mots n'est pas structurée et organisée, au contraire !). C'est autre chose, un hybride entre la convivialité spontanée, l'intimité personnelle et interpersonnelle et les nouvelles possibilités qu'ouvrent les techniques et les organisations contemporaines.
Ce que je veux mettre en valeur ici : l'autorisation comme le geste par lequel je trouve en moi la force et la beauté d'aller vers l'autre pour entretenir les équilibres de la société. De la même manière que l'on tisse pour se protéger des contraintes climatiques, on peut s'autoriser à nouer des liens avec le reste du monde. Un art très ancien, aujourd'hui plus que jamais de première nécessité…
Illustration d'Edith Henri. Extraits de "La boîte à mots"
>> Voir aussi "Les lieux de la culture de l'autorisation, ici et ailleurs"