(< La Boîte à mots, histoire d'un de ces lieux où se construit la culture de l'autorisation)
Quels sont ces lieux où l'on s'autorise à créer du lien et du sens ? Ce n'est pas difficile : prenez cinq minutes et passez en revue vos territoires de vie habituels. Ne rencontrez-vous pas de ces personnes qui là où elles se trouvent, sont des créatrices de société ? Ce peut être l'école de vos enfants , dans la vie de famille, au bureau ou à l'atelier , dans une activité de loisir , dans l'exercice d'un mandat d'élu ou d'une fonction d'animateur, au sein d'un groupe d'amis…
Les pratiques d'autorisation existent ici, dans nos sociétés à haut niveau de vie, mais aussi dans les autres régions en beaucoup plus grande difficulté. On est frappé en voyageant dans ces pays où le niveau de vie dérive dangereusement autour du minimum vital, par la quantité d'initiatives, de bricolages, de systèmes de relations qui sont mis en place pour vivre malgré tout. Dans le film Central do Brasil, la détresse extrême fait se rencontrer deux êtres humains. Le choix de partir à la recherche du père disparu est l'étincelle qui fait renaître l'humanité là où tout espoir semblait avoir disparu. L'écrivain et psychnalyste argentin Miguel Benasayag écrit à propos des crises que connaissent les pays d'Amérique du Sud : "Les gens s'accrochent à ce qu'ils peuvent" et inventent "de nouvelles formes de sociabilité". Cela ne se présente pas comme un projet global, "ce qui ne fonctionne plus, c'est l'idée même qu'il faut en passer par un modèle global". "On parle d'engagement existentiel, même si cela peut paraître un peu pompeux" (1).
Anna Muylaert, réalisatrice brésilienne exprime cela de la manière suivante :
Superman doit lutter pour être reconnu. C'est très humain. On va
au cinéma pour voir des gens comme nous, avec nos faiblesses. J'aimerais pouvoir ne rien faire, que tout soit facile comme au paradis. Mais nous devons nous battre, comme des héros. Les héros ne sortent pas de chez eux parce qu'ils ont envie, mais parce qu'ils sont forcés. Autrement nous serions toujours dans le ventre de nos mères . (2)
(1) Entretien avec Miguel Benassayag Libération 6.8.2002
(2) Entretien sur Arte (Métropolis) le 15.3.03.
Extrait de "La boîte à mots"