Nos sociétés sont "en travail". C'est quoi, ce travail? Toutes les questions que se posent les personnes et les organisations sont «mises en travail», analysées sous toutes les coutures, discutées, controversées et on arrive à la production d'un sens commun interactif d'une grande intelligence. C'est particulièrement visible à l'occasion d'un événement comme par exemple le geste de Zidane lors de la coupe du monde. Cette histoire digne d'une épopée mythologique a donné lieu à un grand nombre d'articles et d'interventions à la radio, à la télé, et à un incroyable débat national dans les foyers, les clubs de sport, les lieux de vacances, sur le net: toutes les dimensions sportives, éthiques, psychologiques, etc… ont été débattues dans le détail. Je prends cet exemple parce qu'il montre que tout événement quel qu'il soit, dans n'importe quel endroit de la société et n'importe quel lieu du monde, peut-être l'occasion d'un "travail sur soi" de notre société. Sur la canicule, sur le CPE et quantité d'autres sujets, la presse et tous les médias se font colloque et forum; on rencontre dans notre cuisine ou notre salon experts et quidams ordinaires et le sujet se déconstruit, se reconstruit… Et ainsi prend forme un sens commun dont les effets politiques commencent depuis quelques années à se faire sentir (Voir: "L'électeur imprévisible").
La chanson, avec ses petites rengaines plus ou moins légères, est depuis toujours un
lieu où sont traitées nos questions graves ou superficielles*, et je ne parle pas du cinéma** ou des séries télévisées. De même la presse people, comme le montra voici quelques décennies le sociologue anglais Richard Hoggart.
Diams a fait polémique quand elle a chanté "C'est pas l'école qui m'a dictée mes codes". Le problème qui est posé derrière ce débat-là, me semble-t-il, c'est le décalage entre les institutions chargées de la vie collective (éducation, administration, politiques), et le sens commun en travail partout autour – ce décalage est certainement une des causes de la morosité ambiante.
Les enfants apprennent beaucoup de choses sur l'existence en dehors de l'école, et aussi en dehors de la famille. C'est bien, ce n'est pas bien? C'est en tous cas une réalité. Pourquoi ne pas faire un peu plus de place dans les programmes à l'école,
dans les collèges et les lycées aux apprentissages théoriques et pratiques sur l'environnement humain? Ce qu'est la vie d'un groupe, d'une organisation, et leurs relations avec la personne; ce qu'est l'imaginaire collectif, comment on peut faire mal avec des mots autant qu’avec les poings, et comment on peut développer du bien-être avec peu de choses... Il serait je crois judicieux de s’inspirer de ce qui se fait à propos de l'environnement naturel.
Car finalement, ce que nous avons de plus riche à transmettre aux jeunes générations, c'est cette ressource que nous produisons en abondance : la capacité de "travailler sur nous". Grâce à cette compétence, nous sommes une société d'une grande vitalité.
* Exemples et explications: Grand corps malade, Camille, John Lennon, Dylan, Guthrie, Cabrel; Chanson et hypertexte
** Exemples et explications : Billy Elliott, Million dollar baby, Le monde de Narnia, Central do Brasil, Baril de poudre.