On connaissait les trentenaires, les quadragénaires, les quinquas, etc…, mais pourquoi la série commencerait-elle à trente et pas avant? Eh bien les voilà : les vingtenaires se sont inventés. Ils sont huit, ils ont une vie sociale assez active et ils nous racontent tout cela dans un blog qu'ils publient ensemble : "Vingtenaires, Nos liaisons foireuses". Chronique au jour le jour.
Mardi 29 Novembre 2005 : Oups! Par Océane
Océane raconte sa soirée de vendredi. On la suit à la trace chez sa copine où elle boivent un verre avec le co-loc, de là on passe à un bar où elle a des relations, puis à un autre bar plutôt gay. L'endroit ne lui plaît pas, mais elle trouve quelqu'un pour la raccompagner. Le canapé, puis le lit. " Bilan ? Heu ben je suis une fieffée salope qui n’a plus honte depuis très longtemps…" Le sujet intéresse du monde, puisque le lendemain la note a reçu 45 commentaires.
Je passe à la rubrique "Considérations sur nos vies". C'est Nina qui titre une longue note : " L’amour fait souffrir, pas le sexe". Elle s'explique : "L’avantage avec les histoires purement sexuelles, c’est qu’on ne donne à l’autre que tendresse et affection (ce qui est déjà pas mal, me diras-tu). Au vu de mes deux dernières relations de ce type, je sais qu’on peut avoir une réelle complicité au-delà du sexe mais ce n’est pas pour autant que je vais donner mon cœur si facilement."
Le blog s'ouvre sur les prénoms des huit vingtenaires présentés sous la forme d'une "une" de magazine. Visiblement, l'art de la mise en page ne leur est pas inconnu. On apprend dans la colonne de droite que le site est animé par Nina : " Les liaisons foireuses de neuf vingtenaires racontées par une apprentie journaliste qui se la joue Carrie Bradshaw..."
25 novembre : "Une semaine de sexe. Par Gauthier"
(Si ce titre ne ramène pas plus de lecteur, je me fais moine ;)
"Donc voilà un article digne de Mister Big, mais à ma sauce quand même. Vous savez à quel point je m’ennuie et à quel point la vie et les sorties toulousaines me manquent. Que faire pour combler ce vide ? Tout simplement combler des anus ! (rho elle est belle celle-là, et oui j’en suis très fier na !)"
Coïncidence : je suis en train de lire un texte de Charles Renel, quelque chose comme un "roman ethnographique", sur Madagascar. Charles Renel (1870 - 1925) était chargé par l'administration française de mettre en place l'école publique, pour contrebalancer les écoles des missionnaires. Il fut un observateur attentionné des mœurs malgaches. Il décrit une culture proche de la nature, chaude et sensuelle, et il est étonné par la liberté sexuelle peu tourmentée que connaissent les jeunes filles :
"Les filles jusqu'au mariage sont maîtresses de leur corps. Estimant cette liberté fort agréable, elles n'ont aucune hâte de se marier, et, par l'expérience qu'elles prennent d'un grand nombre de maris virtuels, elles se préparent à devenir d'excellentes épouses. Avant de se lier par une union durable, deux jeunes gens se prennent à l'essai, vivent un temps dans la même case. Si cette cohabitation resserre les liens noués par l'amour ou la fantaisie, on procède au mariage rituel qui d'ailleurs peut toujours être rompu par le divorce. Adhémar cherchait parmi les filles du village celle qui viendrait habiter sa case, et il ne trouvait pas dénuées de charme les expériences qu'il tentait. Mais il s'apercevait aussi qu'un malen¬tendu, toujours le même, le séparait de ses partenaires momentanées. Elles et lui ne parlaient pas en amour la même langue. Elles venaient partager la natte qui lui servait de lit, en toute simplicité, sans arrière-pensée aucune, et, pour ainsi parler, comme l'on va dîner en ville. Car une femme malgache aban¬donne aux désirs des hommes les parties les plus secrètes de son corps aussi facilement qu'une Européenne livre à leurs regards sa figure, ses bras ou ses seins. Encore l'Européenne a-t-elle parfois, en ce cas, quelques scrupules de pudeur ; tandis que la Malgache ne connaît point le mal, telle Eve, avant qu'elle eût goûté au fruit décevant de l'arbre. Adhémar au contraire apportait aux choses de l'amour un esprit déplorablement monogame. Obscurément déçu que ses compagnes eussent appartenu à d'autres, il admettait mal qu'une possession éphémère ne lui conférât aucun droit sur la vie sexuelle de la femme qui s'était donnée à lui. Il ne pouvait se débarrasser de cette fausse concep¬tion de l'amour qui fait d'un être au profit d'un autre une espèce de bien inaliénable, et attribue une importance exagérée à un acte tout naturel, assez banal par sa fréquence, s'il reste précieux par le prix qu'on y attache.
… Ce soir-là, Adhémar, avait un rendez-vous. Son repas à peine terminé on gratta doucement à la porte. Il déplaça la claie, et, par l'ouverture, une femme jeune et souple se glissa. C'était une vraie fille de la nature, sans fard au visage ni réticences aux lèvres, née pour l'amour et n'en connaissant que la joie physique dans toute sa simplicité."
http://vingtenaires.over-blog.com/
Un entretien avec Nina