histoires anthropo-logiques

Les 1001 histoires que se racontent les hommes et les femmes , d’hier à aujourd’hui, ici et ailleurs. Blog-notes journal de terrain, pour le partage des connaissances

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  • Frédéric Clément carnet-clement

Les écrits universitaires et leurs non-lecteurs; pour une éthique de la "publication"

Peter SloterdijkVu de l'extérieur, le monde universitaire fait l'effet d'un biotope spécialisé dans la production de " textes " le plus souvent bizarres et totalement éloignés du populaire. Ils vont des rapports de séminaire et devoirs semestriels aux thèses et mémoires d'habilitation, en passant par les mémoires de diplôme ou de maîtrise et aux devoirs de partiels, sans parler des expertises, des projets de recherches, des mémorandums, des projets de structure et de développement, etc. : autant de végétaux textuels qui s'épanouissent exclusivement dans le microclimat de l'Academia - comparables à ces plantes rampantes des hautes Alpes qui survivent à des altitudes où les arbres ne poussent plus - et qui, en règle générale, ne supportent pas une transplantation dans les plaines plates et dégagées de la vie éditoriale.
...Entre 98 % et 99 % de toutes les productions de textes issues de l'université sont rédigées dans l'attente, si justifiée ou injustifiée soit-elle, d'une non-lecture partielle ou totale de ces textes. Il serait illusoire de croire que cela pourrait rester sans effet sur l'éthique de l'auteur.

                                         Peter Sloterdijk Philosophe, Recteur de l'université de Karlsruhe. Extrait d'une conférence publiée dans Le Monde du 28.01.12.

Voir aussi sur le même thème: « La "sociologie publique" selon Michael Burawoy / Burawoy: les sociologues sont-ils lisibles? » / "Bauman raconte mieux que Touraine"  /,"L’art de raconter de Richard Sennett " / Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique) /"Les récits primordiaux" présentés par l'IESR.

 


29/01/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Organisations, Sciences techniques TIC, Spiritualités, religions, morales, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique)

Livres tristes

Récits et imaginaire du politique

Depuis quelques décennies, en réaction contre l’inflation théorique en sciences humaines et sociales, de nombreux auteurs ont mis en évidence la place de la dimension narrative en histoire, en anthropologie, en sociologie, en psychologie, etc. L’interactionnisme, à forte teneur pragmatique, a fortement insisté sur la capacité des acteurs à rendre compte de leurs expériences. Le récit, relégué dans les coulisses de la science, a fait une réapparition éclatante.
Simultanément, la densification médiatique a fortement favorisé les récits de toutes sortes, qu’ils appartiennent aux mondes de la fiction, de la religion, de la légende, de l’utopie ou encore aux mondes réels, dont le monde politique. Partout, en admettant des degrés de singularité variable, le récit raconte les aventures de Bill Gates, Ben Laden, de Fukushima, de l’euro, de DSK, de la dette grecque et des paniques boursières.
La compétition entre médias, la généralisation de l'information en flux, le développement d’internet entraînent une accélération du processus de fabrication des événements médiatiques, une recherche perpétuelle de breaking news, d'informations sensationnelles, de scandales ou de catastrophes à l'échelle planétaire. Cette explosion du storytelling est souvent associée à la manipulation (Salmon), à la dictature de l'urgence (Finchelstein), à l’évanescence des audiences (Sloterdijck), à la dépolitisation croissante (Hermet), à l’ambigu infotainment (Anderson), à la dilution du 4e pouvoir (Ramonet).
Des grands récits à l’inflation des récits, que s’est-il passé ? Qu’est-ce que cela signifie pour le fonctionnement de la démocratie et de la bureaucratie, pour la temporalité des débats publics, pour la mise en oeuvre d'une sphère publique d'inventivité démocratique (Habermas, Rosanvallon), pour la discussion scientifique, pour le vedettariat et la starification (pipolisation), pour la fabrication du charisme et le néo-populisme, pour la confusion du réel et du fictionnel ? Ce ne sont que quelques-unes des questions qui surgissent au croisement du récit et du politique, lieu mythique qu’il importe de revisiter attentivement aujourd’hui, sans oublier de reconsidérer notre propre rapport sociologique à la narration.

(Appel à communications pour le 19ème congrès de l'AISLF, Rabat Juillet 2012: Penser l'incertain)

21/01/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Grands récits: "les récits primordiaux" présentés par l'IESR

L'Institut européen en sciences des religions (IESR) met à la disposition du grand public le fruit de ses recherches. Il a publié à la Documentation Française une série de très beaux petits livres sur "les récits primordiaux", qu'il présente ainsi:

"Au commencement des apprentissages, pourquoi, dans les familles comme dans les IESR Récits de la création classes, ne pas faire entendre aux enfants la grande musique des mots ? Pourquoi ne pas leur raconter ces récits fondateurs, ces récits qui datent de la jeunesse du monde. Issus de toutes les traditions, ils se sont transmis de génération en génération, portés par la parole des hommes, contés, chantés avant d'être écrits, réécrits, traduits pour devenir accessibles à tous. Qu'ils viennent de l'Orient ancien, d'Asie ou d'Europe, d'Amérique ou d'Afrique, ces récits qui nous parlent d'un temps où les dieux et les hommes entremêlaient leurs existences, appartiennent aujourd'hui au patrimoine de l'humanité.
Nous les avons appelés récits primordiaux parce qu'ils sont à la fois premiers et fondateurs, ils portent les mythes et les croyances dont les hommes se nourrissent depuis toujours. N'ayons pas peur de les faire nôtres et de les transmettre avec nos mots, nos voix...
Ainsi chaque ouvrage de cette collection propose, autour d'un thème ou d'un personnage, six récits, ou ensemble de récits, réécrits et adaptés par des spécialistes, universitaires et enseignants, pour être racontés aux enfants. En marge, de courts extraits font entendre la musique du texte original.
Chacun de ces récits est encadré par un préambule qui le replace dans son contexte historique, mentionne ses sources, précise les langues originelles, et par des clés de lecture pour explorer plus avant sa signification et confronter les traditions.
Raconter, c'est préparer et accompagner l'apprentissage de la lecture : l'écoute doit retenir l'intérêt et susciter la parole de l'enfant, favoriser la libre expression sur les thèmes entendus. Le récit constitue aussi une première approche du langage symbolique. A leur manière, ces récits disent quelque chose du monde et des hommes. Ils permettent de commencer à différencier ce qui est de l'ordre du savoir de ce qui relève de la croyance. En fin d'ouvrage des pistes pédagogiques sont proposées aux enseignants par des enseignants pour exploiter ces récits en classe. (...)"

>Voir aussi "la fin des grands récits?",   "Marc Augé: les "grands récits" à l'heure de la personnalisation de la société"

et, sur la question de la "publication":  « La "sociologie publique" selon Michael Burawoy / Burawoy: les sociologues sont-ils lisibles? » / "Bauman raconte mieux que Touraine"  /,"L’art de raconter de Richard Sennett " / Art de raconter et Sciences Humaines (face à l'inflation théorique) .

28/12/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Arrietty, un conte moderne entre Japon et Bretagne...

  

Arrietty et le petit monde des chapardeurs, film d'animation réalisé par Hiromasa Yonebayashi en 2010. Il y a ce jeune garçon qui va être opéré du cœur, mais sa mère est trop prise par son travail pour pouvoir être présente. Et le monde des petits humains en voie de disparition, le tout dans une nature radieuse, aux couleurs luxuriantes. Un très beau conte moderne. La musique qui porte le film a des sonorités qui ne nous sont pas inconnues, cela aussi ressemble à un conte de fée, vécu par une jeune musicienne bretonne:  "« C'était un geste de fan et rien de plus ! » Lorsque, début 2009, Cécile Corbel envoie un exemplaire de son album autoproduit, Songbook vol. 2, au Studio Ghibli, elle n'attend pas de réponse. Comme beaucoup de trentenaires, cette chanteuse et harpiste bretonne a grandi avec les films de Miyazaki et de Takahata. La jeune femme à la longue chevelure rousse qui semble échappée d'une enluminure médiévale veut juste témoigner son affection et son admiration aux maîtres japonais de l'animation. A dix mille kilomètres de là, son CD a trouvé l'oreille de Toshio Suzuki. Le tout-puissant producteur du Studio Ghibli, qui cherchait justement un univers musical pour son prochain film, Arrietty, le petit monde des chapardeurs, est tombé sous le charme de la voix suave, de la harpe celtique et des mélodies rêveuses de Cécile Corbel." (Télérama 18.1.2011)

 

28/12/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Famille et générations, Monde, Musique, Territoires, environnement | Lien permanent | Commentaires (0)

Narrative medicine: les histoires que racontent les médecins peuvent-elles faciliter la guérison?

Dr André Benbassa
Le Docteur André Benbassa, Gynécologue obstétricien présente la narrative medicine, dans une conférence diffusée en ligne par l'Université de Grenoble: "Le récit au commencement et à la fin de la vie". On pourrait résumer son introduction ainsi: la narrative medicine permet d'enrichir la capacité des médecins et des soignants à écouter les histoires des patients, et en retour de produire des histoires qui vont entretenir la bonne santé et faciliter la guérison. Ensuite il raconte trois histoires issues de son expérience, et répond aux questions du public.
Le Dr Benbassa cite Rita Charon, médecin et professeur à Narrative-Medicine-Charon-Rita-9780195340228l'Université Columbia de New York, qui a développé la narrative medicine, en disant qu'il l'a longtemps pratiqué cette démarche sans le savoir! C'est ce que se diront sans doute de nombreux soignants en écoutant ses propos. A travers les histoires qu'il raconte, on mesure tout ce que porte une histoire, pourquoi elle suscite l'intérêt, et en quoi elle est une ressource dans une démarche de soin.
Notons au passage l'initiative du Centre de l'Imaginaire et de l'Université de Grenoble de mettre à disposition du public, en ligne, des ressources de qualité.
Vous pouvez télécharger la conférence.



Le Cri, Centre de Recherche sur l'Imaginaire cite Victor Hugo en page d'accueil de son site :
" Comme on fait son rêve on fait sa vie... Nous vivons de questions faites au monde imaginaire"
                    Victor Hugo, Promontorium somnii

19/12/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Bien-être, Cultures et média, Monde, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Récit de vie et art du conte: Michèle Nguyen

Le "renouveau du conte", on en parle depuis un certain temps. De quoi s'agit-il? De la redécouverte d'une très ancienne tradition, et aussi de son renouvellement. Comment est-ce possible dans notre société saturée de communications en tous genres? Le récit de nos vies modernes peut-il y prendre place? Ecoutez plutôt Michèle Nguyen...

extrait de VY 1 from Michèle Nguyen on Vimeo.

>>> Son site.

  

 

21/11/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Famille et générations, Monde, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Un grand musée dans la crise: inventer des récits partagés

"Cette crise (que traverse l’Espagne) est celle d’un modèle économique obsolète (…) Elle n’est pas sans lien avec celle que connaissent les musées, en Europe ou aux Etats-Unis. En raison non tant de la baisse des subventions que de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
En quoi cette impasse des musées est-elle liée à la crise ?
La collection est au coeur des musées. Depuis des décennies, ils se battent pour obtenir Guernica détailles meilleurs oeuvres. Ils sont jugés, classés à l’aune de leur rareté. Le problème, c’est que ce sont les collectionneurs privés qui possèdent l’argent et les oeuvres. (…) S’il reste fondé sur la rareté et sur la propriété, le monde des musées va être pris dans une économie de l’excès.
Depuis la fin des années 1970, on a vu l’essor d’un modèle qui me semble dépassé : créer un bâtiment qui est une oeuvre en soi, en faire un lieu de spectacles au service du tourisme. Le musée est devenu un centre commercial, dans lequel les visiteurs-consommateurs ne viennent pas apprendre mais reconnaître des noms. On voit ce que ce modèle a fait naître : un art contemporain lié à l’économie et à la finance. Les artistes plébiscités par ce système  (…) sont des animateurs de spectacles. On n’est pas loin de l’impasse économique actuelle qui révèle en fait une crise de la démocratie.
Pour répondre à la crise, les musées font appel au mécénat, augmentent le prix d’entrée… Ce sont des solutions ?
Manuel Borja Villel Reina Sofia Madrid
Ils ouvrent aussi des filiales à l’étranger, louent des oeuvres à des musées riches aux Etats-Unis ou au Japon, vendent des expositions clés en main, voire leur marque, louent des espaces à des entreprises, veulent un bâtiment toujours plus grand pour accueillir toujours plus de visiteurs. Ce modèle fondé sur l’expansion est dangereux. Il vise à ce que les établissements se cannibalisent entre eux. Il est anti-écologique. Il finit par considérer le musée comme une entreprise. C’est déjà le cas quand on lui demande de « faire des entrées »  sans chercher à savoir ce que nos enfants ont appris à la sortie. Ou quand il est contraint de monter des expositions paresseuses et spectaculaires. Le musée finit par oublier sa mission première qui vient du modèle révolutionnaire français : être le lieu de la démocratie et de l’éducation. Je crois que ce modèle ancien est condamné à la défaite, car le musée, à l’avenir, sera plus pauvre dans un monde plus grand.
(...) La politique d'un musée ne peut plus être centrée sur des trésors, chercher l'œuvre rare de plus. (...) Pour moi ce qui compte, c'est inventer à partir de la collection des narrations et des lectures qui vont stimuler le public. Inventer des récits partagés. Raconter plusieurs histoire de l'art et non L'histoire de l'art. Faire comprendre que cette histoire n'est pas figée et unique, mais chorale."

 

                                   Manuel Borja Villele,directeur du musée Reina Sofia à Madrid,      

                                         intervievé par Le Monde, 19 novembre 2011

20/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Clifford Geertz: communiquer de part et d'autre des frontières sociétales

Giacometti
"Il semble que, dans l'avenir, l'utilité des textes ethnographiques, s'ils en ont effectivement une, concernera la mise en œuvre de moyens de communiquer de part et d'autre de frontières sociétales - d'ethnies, de religions, de classes, de sexes, de langues, de races - qui sont progressivement devenues plus nuancées, plus immédiates et plus irrégulières. Ce qui s'avère nécessaire (du moins à mon sens) n'est ni l'élaboration d'une culture universelle comparable à l'Esperanto, culture des aéroports et des motels, ni la création d'une gigantesque technologie de la gestion des hommes. C'est l'élargissement des possibilités de discours  intelligible entre des peuples dont les intérêts, les perspectives la richesse et la puissance diffèrent, mais qui partagent un monde où, contraints qu'ils sont d'entretenir des relations de plus en plus nombreuses, il leur est de plus en plus difficile de ne pas se marcher sur les pieds…
… L'ailleurs et l'ici, beaucoup moins isolés, beaucoup moins nettement définis, beaucoup moins contrastés sur le spectre (mais pas moins profondément) ont à nouveau changé de nature. L'entreprise anthropologique consiste à élaborer des œuvres qui établissent des relations intelligibles entre l'un et l'autre."

                             Clifford Geertz, Ici et là-bas, Ed. Métaillé Paris 1996

20/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Monde, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Entre la naissance et la mort: le récit

Un internaute m'avait chaudement recommandé L'espèce fabulatrice de Nancy Huston. J'ai relevé quelques extraits, que je donnerai dans les post à venir.  Foetus
Mais commençons par le commencement.


Seuls de tous les vivants terrestres, les humains savent qu'ils sont nés et qu'ils vont mourir. Ces deux savoirs nous donnent ce que n'ont pas même nos plus proches parents, chimpanzés et bonobos : l'intuition de ce qu'est une vie entière.
Nous seuls percevons notre existence sur terre comme une trajectoire dotée de sens (signification et direction). Un arc. MortUne courbe allant de la naissance à la mort. Une forme qui se déploie dans le temps, avec un début, des péripéties et une fin. En d'autres termes : un récit.

 

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Pascal Dibie: quel récit ethnologique et quelle écriture, pour notre époque?

 Pascal Dibie, à 25 ans de distance, raconte dans deux livres l'évolution du village de Chichéry, en Bourgogne. Le village métamorphosé dresse en finesse le portrait d'une commune rurale qui comme des milliers d'autres, est aujourdh'ui devenue rurbaine.  Le travail de Dibie est important en tant qu'ethnologie du proche: peut-on avoir de la distanceDibie_village_mtamorphos_1 sur ce que nous sommes en train de vivre, ici et maintenant? Il est aussi une réponse à la difficile question du récit ethnologique quand on parle de soi (et pas des Indiens d'Amazonie): quelle écriture permet cette introspection ouverte?

«Je refuse la posture de l'ethnologue qui prétend se tenir en surplomb par rapport à la société qu'il étudie. Mais, à l'inverse, ce serait une illusion de croire que l'immersion sur le terrain rend la société transparente à elle-même. Nul ne comprend complètement le monde dans lequel il vit. Il faut donc assumer sa part de subjectivité et d'incertitude. Et pour ne pas tromper le lecteur, il faut lui décrire ses conditions d'étude, ses doutes, ses interrogations, ses influences. C'est pourquoi j'ai introduit dans le livre ces notices sur mes maîtres en ethnologie (Serge Moscovici, Georges Condominas, André-Georges Haudricourt, Robert Jaulin..), mon journal d'enquête. Cette mise en scène de l'ethnologue ne relève pas d'un effet de style. C'est une règle de méthode.
J'ai fait ce livre à l'orée du XXIe siècle, un moment que l'on peut qualifier de "basse époque". Une période transitoire où ce qui fut n'est plus et ce qui va advenir n'est pas clairement lisible. Personne ne sait vers quoi nous allons. Pas plus le sociologue ou l'ethnologue que l'homme de la rue. La construction de ce livre épouse par la forme son sujet: il y est question d'une certaine dissolution de la vie sociale qui rend impossible de relier les choses entre elles, de donner une intelligibilité totale à un monde qui se défait et se refait sans cesse. La structure du livre reflète cet éclatement du sens en un univers écartelé, où nos vies sont morcelées et se jouent en d'autres lieux que ceux ou nous vivons: par la voiture, le téléphone, Internet, nous sommes sans cesse projetés hors d'ici et maintenant.»

Extrait d'un entretien réalisé par JF Dortier, in Sciences Humaines n°172, juin 2006

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

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