histoires anthropo-logiques

Les 1001 histoires que se racontent les hommes et les femmes , d’hier à aujourd’hui, ici et ailleurs. Blog-notes journal de terrain, pour le partage des connaissances

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  • Frédéric Clément carnet-clement

Hans Rosling met en scène les statistiques!

Dans ce clip vidéo, Hans Rosling raconte en 4 minutes 200 ans de relations entre richesse et santé, à l'échelle de la planète!

 

 

Pour en savoir plus sur l'histoire de cette "mise en récit" des statistiques par le dynamique chercheur suédois.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=kTSxo3175ec#t=203s 

07/02/2012 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Exclusion et inégalités, Monde, Sciences techniques TIC, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

Un grand musée dans la crise: inventer des récits partagés

"Cette crise (que traverse l’Espagne) est celle d’un modèle économique obsolète (…) Elle n’est pas sans lien avec celle que connaissent les musées, en Europe ou aux Etats-Unis. En raison non tant de la baisse des subventions que de l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
En quoi cette impasse des musées est-elle liée à la crise ?
La collection est au coeur des musées. Depuis des décennies, ils se battent pour obtenir Guernica détailles meilleurs oeuvres. Ils sont jugés, classés à l’aune de leur rareté. Le problème, c’est que ce sont les collectionneurs privés qui possèdent l’argent et les oeuvres. (…) S’il reste fondé sur la rareté et sur la propriété, le monde des musées va être pris dans une économie de l’excès.
Depuis la fin des années 1970, on a vu l’essor d’un modèle qui me semble dépassé : créer un bâtiment qui est une oeuvre en soi, en faire un lieu de spectacles au service du tourisme. Le musée est devenu un centre commercial, dans lequel les visiteurs-consommateurs ne viennent pas apprendre mais reconnaître des noms. On voit ce que ce modèle a fait naître : un art contemporain lié à l’économie et à la finance. Les artistes plébiscités par ce système  (…) sont des animateurs de spectacles. On n’est pas loin de l’impasse économique actuelle qui révèle en fait une crise de la démocratie.
Pour répondre à la crise, les musées font appel au mécénat, augmentent le prix d’entrée… Ce sont des solutions ?
Manuel Borja Villel Reina Sofia Madrid
Ils ouvrent aussi des filiales à l’étranger, louent des oeuvres à des musées riches aux Etats-Unis ou au Japon, vendent des expositions clés en main, voire leur marque, louent des espaces à des entreprises, veulent un bâtiment toujours plus grand pour accueillir toujours plus de visiteurs. Ce modèle fondé sur l’expansion est dangereux. Il vise à ce que les établissements se cannibalisent entre eux. Il est anti-écologique. Il finit par considérer le musée comme une entreprise. C’est déjà le cas quand on lui demande de « faire des entrées »  sans chercher à savoir ce que nos enfants ont appris à la sortie. Ou quand il est contraint de monter des expositions paresseuses et spectaculaires. Le musée finit par oublier sa mission première qui vient du modèle révolutionnaire français : être le lieu de la démocratie et de l’éducation. Je crois que ce modèle ancien est condamné à la défaite, car le musée, à l’avenir, sera plus pauvre dans un monde plus grand.
(...) La politique d'un musée ne peut plus être centrée sur des trésors, chercher l'œuvre rare de plus. (...) Pour moi ce qui compte, c'est inventer à partir de la collection des narrations et des lectures qui vont stimuler le public. Inventer des récits partagés. Raconter plusieurs histoire de l'art et non L'histoire de l'art. Faire comprendre que cette histoire n'est pas figée et unique, mais chorale."

 

                                   Manuel Borja Villele,directeur du musée Reina Sofia à Madrid,      

                                         intervievé par Le Monde, 19 novembre 2011

20/11/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Tous indiens désormais

Lvi_strauss

"Expropriés de notre culture, dépouillés de valeurs dont nous étions épris - pureté de l'eau et de l'air, grâces de la nature, diversité des espèces animales et végétales -, tous indiens désormais, nous sommes en train de faire de nous-mêmes ce que nous avons fait d'eux."

 

                   Claude Lévi Strauss Saudades Do Brasil

19/11/2011 dans Analyses et synthèses, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

This land is your land

Woody_guthrie_1

Je hais une chanson qui vous fait croire que vous êtes

né pour perdre.

                               

                                                                                                  Woody Guthrie

03/11/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Bien-être, Exclusion et inégalités, Monde, Musique, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

Digital story telling: Maître Mô, l'avocat conteur

Il va falloir s'y faire, une nouvelle manière de raconter des histoires est née, et se développe bon train: l'écriture sur internet (blogs, forums, etc...) et sur Twitter et autres messages courts. J'utilise le terme "digital story telling" aujourd'hui bien installé, faute (pour l'instant) d'expression française qui englobe le tout.

Avocat-penal Maître Mô
Plusieurs études ont montré comment cette forme d'écriture en ligne ou sur messages électroniques est devenue un important vecteur d'échanges dans le domaine de la santé, par exemple.

Le domaine de la justice est embarqué dans le mouvement, comme en témoigne l'excellent blog de "Maître Mô". Avocat au barreau de Lille, il dépose sur son blog des textes sur le vécu de la justice telle qu'il la rencontre dans sa pratique:

Ahmed entre dans le box des accusés, toujours aussi minuscule, particulièrement entre ses deux grands flics d'escorte, toujours aussi mal fagoté, comme s'il sortait d'un film des années 70, avec sa masse de cheveux crépus, son costume crème, pantalon pattes d'éléphant et veste cintrée à larges revers, chemise grise et large cravate à gros nœud, crème et grise évidemment.

Comme d'habitude, il a l'air de sourire - ça n'est ni l'endroit, ni le moment, mais de cela, je ne m'inquiète pas : la Cour et les jurés s'apercevront rapidement que c'est en fait une mimique, qui ne le quitte jamais, et qui ne signifie rien, même si parfois, comme maintenant, on aimerait la lui ôter.

Dans un instant, la greffière va lire l'arrêt qui a renvoyé Ahmed devant la Menottes Cour d'Assises, énumérant ce faisant les charges que la Chambre de l'Instruction a estimé suffisantes pour qu'il soit accusé d'avoir assassiné sa femme, avec la complicité de Roger.

Juste après, la Présidente, bien que la procédure française ne le prévoie pas, lui demandera seulement, avant que le procès, prévu sur trois jours, ne démarre effectivement, s'il reconnaît les faits ; elle sait, comme moi, qu'Ahmed répondra que non, qu'il est innocent - c'est ce qu'il affirme depuis son arrestation, trois ans plus tôt.(...)

Ce billet a été lu 96738 fois, bien qu'il ne soit pas spécialement court. Succès mérité, au vu de la qualité de l'écriture et du témoignage. 

Il y a sur ce blog une autre signature: Marie: l'avocat a ouvert ses colonnes à une juge qui commentait déjà sur le blog. Curieux blog à deux voix, complété aussi par des échanges sur tweet.

La chroniqueuse judiciaire du Monde ( 02.09.2011) reconnaît avec humour qu'il y a là une forte concurrence pour les journalistes!

http://maitremo.fr/

07/09/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Sciences techniques TIC | Lien permanent | Commentaires (0)

Anthropologie et innovation dans le domaine de la santé

"L’innovation caractérise à de multiples échelles les domaines étudiés par les Consultation- mains
sciences sociales de la santé, tant au niveau des mutations rapides des connaissances médicales (liées aux avancées scientifiques ou aux innovations biotechnologiques), qu’à celui de la réorganisation contemporaine des institutions publiques de santé, ou encore aux niveaux des enjeux de la reconnaissance des patients comme « usagers » voire « experts profanes ».
Ainsi, en matière d’innovation, on assiste à une extrême vivacité des sciences fondamentales (génétique, immunologie, virologie…) et des sciences de l’ingénieur permettant de nombreuses avancées dans les traitements et les actions de « dépistage » et de prévention de certaines pathologies. De plus, la question de la délivrance des biens publics de santé et les liens entre Etat et financements « externes » est au cœur de la modernité. Les innovations et remaniements dans les organisations et la gestion des systèmes de santé en attestent.
Mais cette question est aussi au cœur de la mondialisation. En effet, nous sommes devant une extension géographique – « mondialisée » - des actions de santé, que caractérisent l’intervention de divers acteurs de santé (Fondations, Institutions internationales, ONG, villes jumelées…) dans l’ensemble du monde pour des raisons qualifiées « d’humanitaires » ou pour agir de manière préventive sur un ensemble de pathologies transmissibles.
Nos systèmes de santé contemporains se caractérisent par un ensemble de modifications des rapports des usagers avec les acteurs, structures et systèmes de santé : place des associations de malades, constitutions de savoirs experts profanes, importance prise par les diverses formes d’expériences de la maladie, large réflexion sociale sur les liens entre choix politiques et risques sanitaires. Ceci résulte de la présence de patients plus actifs et mieux informés (multiplication des sites internet, H ouvrages, revues, émissions télévisées et radiophoniques), du partage de l’incertitude avec les malades et leurs familles, de la revendication d’une reconnaissance des patients dans les institutions de soins, de la judiciarisation soit comme contre-pouvoir, soit à usage mercantile, ainsi que du financement des programmes de recherches par des groupes de patients, chercheurs et thérapeutes (Sidaction, Téléthon, mucoviscidose, etc.).
 
Pour l’anthropologie et pour les sciences sociales plus largement, les travaux à entreprendre dépendent des postures adoptées, allant d’une anthropologie dans la santé construisant des équipes pluri et interdisciplinaires indispensables à la résolution des enjeux sanitaires, jusqu’à une anthropologie s’attachant, de manière plus distanciée, à réfléchir sur les enjeux, effets et conséquences de ces dynamiques socio-historiques du champ sanitaire.

Mais, dans les deux cas, les effets scientifiques de ces dynamiques liant les domaines socio-techniques, politiques et historiques sont multiples. A minima, elles offrent à l’anthropologie de nombreux domaines de réflexion. A titre d’exemple : comment penser la parenté depuis la génétique ? Quels sont les effets d’une greffe transformant le corps, quels sont les effets sociaux et affectifs d’une quantification du risque, etc. Plus largement ces domaines obligent à la constitution de compétences et connaissances partagées entre équipes sanitaires et praticiens des sciences sociales et incitent à des recherches « translationnelles ». Ces questions transforment aussi les liens entre les sciences « dures » de la santé et les sciences sociales accordant à ces dernières, (comme pour la prévention, l’analyse de la qualité de vie, du suivi de groupes de patients) une nouvelle place parfois centrale dans l’action de santé. 
Enfin, ce nouveau champ sanitaire oblige aussi à des nouvelles relations entre les diverses disciplines composant le champ des sciences humaines ayant la santé pour principal objet de réflexion. Comment « faire du qualitatif » sans resituer ses recherches dans de plus vastes dimensions épidémiologiques, comment comprendre l’intervention sanitaire sans user des outils de l’anthropologie politique et du développement ? Comment évoquer la question des usages des services de santé par des populaEnfanttions démunies sans maîtriser les concepts de la linguistique ou de l’économie ? 
Pour l’anthropologue l’innovation méthodologique s’impose souvent comme une condition nécessaire à la réalisation de recherches  portant sur ces nouveaux objets. Poursuivre une réflexion épistémologique et trouver de nouvelles pistes méthodologiques, s’interroger sur les modalités de sa présence sur ces terrains où se croisent diverses disciplines ainsi que sur les enjeux de sa collaboration avec d’autres disciplines est donc essentiel. Concrètement, les anthropologues sollicités pour participer à des projets de recherche avec des médecins de santé publique, des épidémiologistes, et désormais des cliniciens de différentes spécialités médicales, transposent-ils seulement leurs outils méthodologiques et théoriques et lesquels, ou en créent-ils d’autres ? S ‘agit-il alors de pluridisciplinarité, d’interdisciplinarité, ou, de co-disciplinarité ?"

Extrait de l'appel à communications pour le Colloque Amades 2012 "Anthropologie, innovations techniques et dynamiques sociales dans le domaine de la santé"

03/09/2011 dans Analyses et synthèses, Bien-être, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Famille et générations, Monde, Organisations, Sciences techniques TIC, Spiritualités, religions, morales | Lien permanent | Commentaires (0)

L'approche narrative de l'abandon et de l'adoption

Poucet forêt L'approche narrative est complémentaire des autres approches (psychologique, socio-anthropologique, biomédicale...). Du silence à la parole, elle permet de mettre en perspective ce qui se joue entre les personnes impliquées et dans leurs intériorités, et d'en tirer des implications pratiques. Catherine Sellenet introduit son excellent livre "Souffrances dans l'adoption" ainsi:

Il suffit de lire les mythes anciens, comme ceux d'Œdipe, le récit biblique de la vie de Moïse, ou des textes plus modernes sur l'histoire des enfants abandonnés puis adoptés, pour constater tout de suite que ces enfants sont toujours prioritairement situés du côté de la résilience. L'enfant abandonné, enfant fardeau, enfant voué à la mort puis sauvé in extremis par des parents adoptifs, est tenu de' développer une extraordinaire capacité à vaincre l'adversité. «On ne peut lutter contre une perte aussi catastrophique qu'en s'installant dans un formidable complexe de supériorité», notait Jacques Lévine (1996). Ce constat est sans doute vrai pour une partie des enfants, mais l'enfant adopté peut aussi développer un complexe majeur d'infériorité, ce dont rendra compte ce livre. La vision de Jacques Lévine est, il est vrai, plus conforme à La mythologie. Œdipe illustre parfaitement cette thèse. En étant Le plus fort en tout, en n'hésitant pas à entrer dans La ville de Cadmos pour la libérer du tribut qu'elle payait alors au Sphinx, en bravant tous les dangers et en étant victorieux, Œdipe se targue d'être supérieur au devin. Face à la perte, L'enfant abandonné est celui qui résiste et qui développe une riposte gagnante. Rémus et Romulus, fils de Rhéa Silvia et du dieu Mars, ont un sort comparable. Livrés au Tibre, alors en crue, les jumeaux sont voués à une mort certaine, mais le berceau échappe miraculeusement au naufrage, les enfants sont sauvés et allaités par une louve, puis recueillis par un berger nommé Faustulus. Devenus grands, ils se firent reconnaître de leur grand-père Numitor qu'ils aidèrent à retrouver son trône. Rémus et Romulus sont donc à la fois ceux par qui le malheur arrive et les sauveurs de la communauté. Quittons la mythologie pour Les contes de nos grands-mères. Les vilains petits canards (Cyrulnik, 2001) transformés en cygnes y abondent et Le Petit Poucet de Perrault en est une belle illustration. Abandonné dans la forêt, enfant malingre et chétif, ce souffre-douleur de la maison assurera, par son intelligence, la survie de ses six frères, et bon prince «chargé de toutes les richesses de l'ogre s'en reviendra au logis de son père où il sera reçu avec bien de la joie. »

Toutes ces histoires et bien d'autres encore, accréditent l'idée que la victoire est possible, que chacun peut triompher d'un destin tragique, d'un abandon terrible. Ce sentiment est tellement ancré dans notre mémoire collective que nul ne doute de la force de l'enfant abandonné à rebondir, à orienter différemment le cours de son histoire. De l'enfant abandonné puis adopté, on souligne souvent la force de vie et un devenir qui échappe soit à une mort annoncée, soit à une précarité absolue. L'enfant adopté est celui qui surprend par son intégration souvent fulgurante, par ses capacités à intégrer au plus vite une nouvelle langue, il force l'admiration et en même temps nous rassure sur notre propre sort. Grâce à l'enfant adopté qui résiste à l'abandon, la dépendance se fait plus légère, le chagrin plus supportable, l'espoir pour tous est permis qu'adviennent des jours meilleurs. L'enfant adopté illustre la revanche du plus Mowgli faible, du plus démuni d'entre nous sur le destin.

... À chaque fois, le scénario est le même, l'enfant abandonné, grâce à une main secourable, retrouve le cours de sa vie et évolue favorablement. L'adoption, quelle que soit la forme prise, permet à l'enfant de rebondir. L'adoption est le plus sou­vent humaine, mais elle est parfois animale comme dans le conte de Mowgli et dans bon nombre de livres destinés aux enfants. Dans ce cas, l'enfant abandonné déve­loppe un mélange de compétences acquises dans la communauté animale et dans la communauté humaine, comme si deux enfants coexistaient en un seul. Ce qui est certain, c'est qu'en dépit des aléas, l'enfant abandonné puis adopté, franchit victorieusement ce cap difficile. IL lui faut cependant pour advenir L'apport d'une main secourable. Lorsque celle-ci fait défaut, le tableau brossé est pessimiste...

Extrait de Souffrances dans l'abondon, pistes pour accompagner les adoptés et les adoptants, éd De Boeck.

24/06/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Famille et générations, Spiritualités, religions, morales, wx Outils et méthodes | Lien permanent | Commentaires (0)

L'art des silences et de la voix

 

 Couaillet Chapron003 

Nadège est une grande magicienne des histoires.
Elle sait l'art des silences et de la voix.
Elle connaît aussi les petits sentiers du cœur.

Un papillon d'hiver, Richard Couaillet et Glen Chapron (Illustrateur)  Actes Sud Junior

24/03/2011 dans Art de raconter-Storytelling, Bien-être, Exclusion et inégalités, Famille et générations | Lien permanent | Commentaires (0)

Nicolas Bouvier: frugalité...

Il y a peu de misère ici, et beaucoup de cette frugalité qui rend la vie plus fine et plus légère que cendre...Nicolas bouvier Portrait

...Ici, où l'on use les machines jusqu'à la ruine sans souci de les revendre, les garagistes ignorent ce répertoire de mimiques conster­nées ou méprisantes qui, chez nous, font honte au propriétaire d'un « clou » et l'obligent à acheter du neuf. Ce sont des artisans, pas des vendeurs. Une culasse éclatée, un arbre à cames en miettes, un carter rempli d'une sorte de farine d'acier ; il en faudrait plus pour les trou­bler. Les parties saines : phares, portes qui ferment, châssis solide, les impressionnent davantage ; quant aux autres, eh bien, précisé­ment ils sont là pour les réparer. Les tacots les plus rebutants, ils les démontent, les renforcent avec des pièces arrachées aux camions, les transforment en blindés increvables. C'est un travail d'improvisa­tion admirable, jamais pareil. Parfois, ils signent à coups de tourne­vis un rapiéçage particulièrement réussi. On ne s'ennuie pas, on gagne bien ; en soudant, en ajustant, on fait dorer des toasts sur le charbon de forge, on grignote des pistaches dont les coques recra­chées couvrent l'établi, et la théière bouillante n'est jamais bien loin-La plupart de ces mécanos sont d'anciens camionneurs qui ont vu du pays ; leurs lieux, leurs souvenirs, leurs amours sont distribués sur une vaste province. Cela vous fait des gens éclairés et portés sur le rire. Impossible de travailler avec eux sans s'en faire des amis.

 

                        Nicolas Bouvier Extrait de L'usage du monde, Eds Payot

13/02/2011 dans Analyses et synthèses, Art de raconter-Storytelling, Bien-être, Cultures et média, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales, Territoires, environnement | Lien permanent | Commentaires (0)

Islande: vivre avec la crise

Didda Jonsdottir a tenu le haut de l'affiche de deux films de la réalisatrice franco-islandaise Solveig Anspach, Stormy Weather, avec Elodie Bouchez, et Back Soon. Elle qui était sans travail depuis deux ans, a eu de graves ennuis deDidda Jonsdottir santé. Alors, aujourd'hui qu'elle est employée dans une maison de retraite, et que la médecine l'a sauvée, elle se dit que la vie est merveilleuse. « De n'être pas morte me fait planer. J'essaie défaire rire les vieux, de les prendre dans mes bras, il faut qu'ils acceptent leur réalité... » C'est donc de cela qu'il est question : accepter la réalité ? L'humanité des corps face à la rudesse du monde. Didda n'a pas de voiture, attend le bus dans la nuit glaciale, et vit seule dans une chambre avec ses deux grands fils. «Je suis à l'aise avec tout ça parce que je sais que je n'ai rien fait de mal. Je ne possède rien mais je ne possédais rien. Je n'ai jamais été invitée à la table. Mais je sais où je suis. Je sais où je veux être », dit-elle avec une sagesse qui tranche sur la folie ordinaire. « Ce que je vois c'est que la crise a rendu les gens plus curieux des autres. Le "comment faites-vous pour... ?" a remplacé le "qu'est-ce que vous possédez ?" »

                                Extrait de Le Monde magazine, 11.12.2010

Voir aussi: Témoignages anthropo-logiques: faire de son expérience une histoire

13/12/2010 dans Analyses et synthèses, Bien-être, Exclusion et inégalités, Monde, Spiritualités, religions, morales, Territoires, environnement | Lien permanent | Commentaires (0)

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