C'est un village de montagne. Les "jeunes" (entre 18 et 35 ans) qui participent à la séance de Formation-Développement habitent les différentes vallées des alentours, proches à vol d'oiseaux, mais distantes parfois d'une ou deux heures par la route. Ici, les occasions de se rencontrer sont rares, et appréciées. Les langues se délient à mesure que la soirée avance et que chacun commence à se sentir à l'aise. Cette Formation-Développement n'est pas centrée sur un projet, elle a plutôt une fonction exploratoire : l'objectif est de faire un tour d'horizon sur la situation des
jeunes dans le pays, et de voir s'il est possible de monter un ou plusieurs projets. Assez rapidement, la conversation arrive sur les rapports entre "les jeunes" et les "aînés". Le ton est plutôt amer, non pas agressif, mais comme au regret de cette distance des "aînés" par rapport aux questionnements des jeunes. "Ils ne nous écoutent pas", "J'avais une proposition pour un aménagement sur la commune, ils ont fait tout simplement comme si je n'avais rien dit, comme si je n'existais pas. Ils ont peur des initiatives…".
Un grand gaillard, agriculteur de son état, 35 ans, prend la parole, tranquillement, souriant, racontant ses choix de vie qui ne sont que des demi-choix :
Quand on est agriculteur, c'est spécial, on est forcés de s'installer avec nos parents. Il y a aussi la peur d'aller ailleurs. Alors, on reste des enfants. Tant que tu n'as pas encore 50 ans et ouvert une boîte, tu n'es qu'un gamin. On respecte les aînés, mais quel poids! Je suis materné par ma mère comme si j'avais 10 ans. Ils ont peur d'être largués. Je ne regrette pas mon choix, parce que j'aime le pays et j'aime ce métier, mais il faut savoir en rire…
Le témoignage est émouvant, et les participants sont visiblement touchés par sa sincérité et sa justesse. Cela fait partie de ces moments magiques des formations quand la confiance est établie et que les gens se parlent, se parlent vraiment. Quelques soient les autres résultats de la formation, il restera toujours dans les mémoires la force de ce moment de rencontre, et la possibilité de le recréer.
Extrait de "De l'art de cultiver les projets".




