Jusqu'ici, on parlait de "voisinage médiatique": à côté de nous, juste là, arrivaient dans nos vie la radio, la télé (noir et blanc puis couleur), les "tourne disque" puis les walkman. Voisins de plus en plus envahissants, présence de plus en plus proche… Aujourd'hui, ils sont toute la jour

née dans la poche de nos chers enfants, dans leur lit le soir, à côté de la douche dans la salle de bain: avec les téléphones portables ils écoutent la radio, les musiques, visionnent des vidéos, photographient, créent de petites vidéos… Et aussi ils téléphonent. Pas longtemps parce que les forfaits sont chers, c'est surtout par sms qu'ils communiquent… Et on se rend compte qu'ils sont là, nos enfants, mais qu'en même temps ils sont ailleurs, dans un territoire qui échappe quasi complètement à notre connaissance.
Les relations parents –enfants, la vie de la famille, du coup changent singulièrement, avec l'arrivée chez nous (chez eux) de ce petit joyau de la technologie moderne.
Que peut la socio-anthropologie? Olivier Galland (auteur du "Sociologie de la jeunesse" de la collection U) explique pourquoi les anthropologues sont sollicités sur ces questions:
"L’apparition du thème de l’adolescence dans de récents travaux anthropologiques et sociologiques n’est évidemment pas fortuite. Pendant longtemps, le traitement de cette question est resté le monopole des médecins, des psychiatres ou des psychologues. L’adolescence était alors conçue comme un moment de « crise » dont les fondements étaient physiologiques (la maturation sexuelle) et psychologiques (….) Cependant, la sociologie et l’anthropologie du monde contemporain ont repris la question à nouveaux frais. La raison de ce regain d’intérêt est sans doute que l’adolescence se distingue de plus en plus nettement, sur les plans sociologique et culturel, des âges qui l’encadrent : l’enfance et la jeunesse plus avancée. L’enfant demeure sous la dépendance des parents presque complète, qu’elle soit psychologique, affective ou matérielle. Le jeune adulte expérimente des formes de semi-indépendance, alliant une grande autonomie de la vie personnelle et des attributs incomplets de l’indépendance économique (par exemple, un logement autonome mais des revenus insuffisants pour être totalement indépendant). La particularité de l’adolescence moderne serait de conjuguer une forte autonomie (notamment dans la gestion des relations amicales et de l’emploi du temps) avec le maintien, inévitable à cet âge de la vie, d’une totale dépendance matérielle à l’égard des parents. C’est peut-être cette autonomie sans indépendance, comme l’a bien montré François de Singly [2006], qui caractérise aujourd’hui l’adolescence.Ce texte est extrait du très bon
n° de la revue "Ethnologie française" consacrée aux
nouvelles adolescences. On y trouve un important article de Céline Metton sur l'autonomie relationnelle liée au SMS et "chat".