Les observateurs de notre époque convergent vers un constat enthousiasmant (et inquiétant) : dans nos sociétés fragmentées en mutation incessante, l'individu a pour une large part à construire lui-même son chemin. Il lui faut s'autoriser, devenir lui-même l'auteur de l'histoire qu'il vit.Quelle histoire désormais allons-nous raconter à nos enfants, si nous sommes nous mêmes en train de construire notre existence? Voici les réponses des intervisionnaires de Strasbourg.
...Voilà la conclusion à laquelle arrive l'intervision de Strasbourg : l'histoire que nous racontons aux jeunes, c'est ce travail que nous réalisons pour entretenir des relations de qualité et alimenter un récit vivant générateur de cohérences. Une responsabilité qui incombe d'abord aux adultes, détenteurs du pouvoir dans les institutions. En faisant le choix de cette démarche exigeante, ils se rapprochent des jeunes, eux-mêmes en travail par définition, en transition d'un état à un autre.
Le goût et le plaisir de vivre, ce sont toutes ces histoires que les individus, jeunes et adultes, s'autorisent à vivre et à raconter, tissu vivant et précieux tendu entre nous et le monde.
La dernière séance d'intervision a ouvert la proposition suivante : Just dot it, proclame le slogan publicitaire bien connu. Maintenant que la culture des jeunes a fait sa place, et si nous nous autorisions à affirmer une culture des adultes?
On l'a vu à plusieurs reprises dans les pages qui précèdent : le goût de vivre (le sentiment que la vie est bonne à vivre et que j'y ai ma place) s'alimente à deux sources : la qualité des relations de personne à personne, et le récit, l'histoire qui nous sert de repère commun. Comment nommer ce récit? Système de valeurs, philosophie, spiritualité, loi, règles de vie, éthique, ou simple bon sens… Les intervisionnaires ont tenté plusieurs appellations pour nommer la dynamique qu'ils venaient de produire. Aucun terme n'a reçu franchement d'adhésion majoritaire. Le mieux est de laisser ce choix à l'appréciation de chacun selon sa sensibilité. Les intervisionnaires en tous cas ont préféré laisser vivre ce flottement sémantique plutôt que de cadrer trop vite dans une définition qui éteindrait le foisonnement et effacerait ce qui échappe à la définition. Il ne s'agit pas d'un récit unique et définitif, les intervisionnaires ont clairement affirmé que ce n'est pas cela dont ils ont besoin. C'est un récit à construire ensemble, à réinventer sans cesse.