La chanson est tour à tour chronique de la vie quotidienne, fable en forme de morale, publicité pour un cabaret, œuvre de charité, outil de propagande politique ou simple divertissement - elle est un journal chanté, une sorte de supra-langage, hypertexte avant l'heure, de la communauté ouvrière. Un sens commun, une culture fondée sur un territoire d'expérience partagée. Née dans les lieux où vit l'ouvrier, elle y est reprise en écho, elle passe au-dessus des toits des courées et unit les milliers d'ouvriers dans l'expression et le divertissement, comme le travail les unit dans l'étouffement, la fatigue et la misère.
La chanson se fait le véhicule des valeurs de la communauté ouvrière. Louis Catrice et un certain nombre de chansonniers se font les porte-parole des idées socialistes, un peu comme les chanteurs d'aujourd'hui défendent des causes contemporaines (solidarité avec les exclus, restos du cœur, lutte contre le Sida).
A côté du fonds humaniste que nous venons de voir, signalons également chez certains chansonniers (dont Catrice ne faisait pas partie) une nette dévalorisation des immigrés belges, pouvant aller jusqu'aux déclarations de haine violentes. Les belges sont très nombreux à l'époque – entre 1866 et 1891, Roubaix est une ville belge, puisque plus de 50% de sa population est de nationalité belge! Dans le même ordre d'idées, parlons aussi du vigoureux mépris pour la femme. Une des chansons a pour thème “ les filles d'à c't'heure ” qui suivent la mode, et sont assimilées aux prostituées...
> Voir aussi Will.I.Am et l'intelligence interactive
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