La principale trace qui nous reste des chansons de l'époque, ce sont des centaines de textes imprimés sur une feuille volante. Elles sont publiées pour la plupart à l'occasion des grandes sorties des sociétés : carnaval et mi-carême, fêtes de quartier. Les tirages varient entre 500 et 5 000, ce qui est important dans un cadre géographique si restreint. En dehors de ces occasions, la diffusion dans la rue est en principe interdite. Elles sont également disponibles au cabaret, siège de la société, notamment lorsqu'elles n'ont pas obtenu l'accord du Maire pour la diffusion sur la voie publique (par exemple, une chanson de Louis CATRICE contre la hausse du charbon). Rares sont les chansonniers qui ont rassemblé leurs œuvres en recueil comme Victor CAPART.
Ces feuilles ne sont pas distribuées comme des tracts, elles sont vendues : au profit de la société pour remplir sa caisse, au profit d'actions de charité (“ Secourons la misère ”, de Louis PONTIER vendue au bénéfice d'une femme aveugle et septuagénaire), ou encore “ au profit de la propagande du Parti Ouvrier ”.
Les passants les achètent, pour pouvoir les reprendre en chœur :
“ Pour vous m'faire plaigi, acatez tersfu m'chansonnette et aprinte l'histoire / Pour un sou, vous pouvez l'savoir / vous verrez bonn' gens, / q'vous in s'ré contint /d' l'avoir acaté/ comm' nous aute vous porez I' chanté ”.
(Pour me faire plaisir, achetez tous ma chansonnette/ et apprendre l'histoire/ pour un sou, vous pouvez la savoir/ vous verrez, bonnes gens/ que vous en serez contents/ de l'avoir achetée/ comme nous, vous pourrez la chanter)
“ Une femme qui aime la goutte ”. Arthur BALOT 1896.