Un témoin de l'époque raconte :
"On est en société et on bavarde : à propos d'un mot, Catrice s'écrie : “ Je ferais bien quelque chose ! ” et le voilà lancé. En train de s'amuser, il quittait brusquement le café, grimpait l'escalier, s'allongeait sur son lit et les yeux clos ou fixés au plafond, composait et rimait. Il descendait au bout d'un moment, la chanson presque faite."
S'il fallait donner quelques comparaisons, on pourrait dure que Catrice a l'humanité d'un Georges Brassens ou d'un Pierre Perret, doublé d'un talent de chansonnier plus directement politique, sans tomber pour autant dans la propagande. La compassion pour ses amis du Roubaix ouvrier et la colère contre l'injustice ne lui font pas perdre l'humour. Ecoutez-le téléphoner au Bon Dieu :
Tu me pardonneras, Henri, si te tutoie ;
C'est pas d'ma faute si je n'sais pas l'français...
..J'suis bien content qu't'as monté l'téléphone
Pour que je puisse m'expliquer avec toi
Car les ouvriers ils ne croient plus personne
Excepté moi, et les faibles d'esprit
Ouais, j'crois à toi, Maître de la nature
Toi qui es partout même à la commodité;
Donne aux ouvriers des grosses pommes de terre à la p'lure
A ceux qui n'travaillent pas, du bon vin, du poulet
Le témoignage qui suit nous donne, à travers la personnalité de Catrice, une idée du rapport qui existe entre la chanson et la population roubaisienne :
"Cette verve infatigable qui était dans la diversité des circonstances comme la menue monnaie de sa nature cordiale en faisait un "guérisseur". Il guérissait comme les sorciers, les saints, les fontaines miraculeuses en exerçant sur les pauvres systèmes nerveux de ses chers malades une action complexe dont nous n'essaierons pas de démêler les éléments, mais dont tout le monde a pu constater les effets. Il survenait avec un bon sourire, les mains tendues ; puis c'était une caresse de paroles, dont il avait le secret et qui mettait en déroute les humeurs les plus noires, les neurasthénies les plus opiniâtres ; une amusante histoire, un couplet appliqué comme un irrésistible dictame sur la partie atteinte, et voilà le malade qui rit de sa maladie désarmée. "