Au lieu de se développer et s'enrichir, la culture ouvrière qui s'exprimait dans la chanson va progressivement se parcelliser et s'appauvrir. Non pas tant par une action volontariste des classes dominantes que par l'action combinée des mutations que connaît le mode de vie ouvrier.
La chanson-parole publique est très tôt concurrencée par la presse: la “récupération” de la chanson par le Journal de Roubaix est significative. A l'origine ce journal est une petite feuille destinée à informer les industriels et négociants sur les fluctuations du marché, les cours des matières premières, etc.. Progressivement cette partie professionnelle se restreint au profit d'une partie “populaire”. On retrouve tous les thèmes dont traitent les chansons. Le Journal de Roubaix va dès lors acquérir une grande popularité, on le lira à haute voix dans les cabarets . . . Mais dans ce processus de transfert de la chanson à la presse, les ouvriers perdent la parole publique.
La presse est en plein progrès technique, elle se perfectionne et dans sa fabrication et dans sa diffusion, et la concentration de capitaux que cela implique fait aussi qu'elle échappe au peuple : que peuvent maintenant les quelques amis qui cotisaient pour faire imprimer une chanson et la distribuaient de la main à la main ?