Qu'est-ce qui entre en résonance, depuis ce temps lointain de la Révolution Industrielle jusqu'à nos vies actuelles ? Je retiendrai une sorte de leçon d'humanité. Envers et contre tout, même dans les conditions de subordination et d'épuisement physique extrême, les hommes et les femmes trouvent la ressource qui leur permettra d'affirmer leur humanité. Ils trouvent en eux cette force incroyable qui permet de ne pas plier, de préserver sa dignité. Et la chanson exprime bien la dynamique qui est à l'œuvre : elle vient du cœur et des tripes, en même temps qu'elle est élan vers l'autre et communion. Par ce geste les groupes humains trouvent en eux, l'énergie, l'inspiration pour s'autoriser à exister, tels qu'ils sont, ici et maintenant. Cette autorisation, à la fois personnelle et collective, créé de la société, refait un peu le monde pour que chacun puisse y respirer.
Chaque époque, chaque culture a ses formes de domination et de violence, et ses modalités de régulation. Avec l'expérience des derniers siècles, nous avons maintenant une connaissance étendue des différentes manières de faire face aux violences spécifiques de l'époque industrielle : la création d'un espace d'autorisation tel que nous l'avons vu à l'époque de la révolution industrielle à Roubaix se retrouve tout au long de l'histoire de la vie en usine jusqu'à nos jours, mais aussi dans les formes de domination exotiques (voir les formes très créatives d'adaptation à la domination en Amérique du Sud par exemple), ou dans les formes de violence extrême comme Auschwitz.