"Comme dans le cas d'une partition musicale, il est impossible de comprendre un mythe comme une séquence continue. Si nous essayons de lire un mythe comme nous lisons un roman ou un article de journal, c'est-à-dire ligne après ligne, de gauche à droite, nous ne comprendrons pas le mythe, car il faut l'appréhender comme une totalité ; il nous faut découvrir que son sens profond ne réside pas dans la séquence des événements mais - si je puis dire - dans des paquets d'événements, même si ces événements apparaissent à différents moments du récit. On doit donc lire le mythe un peu comme on lirait une partition d'orchestre : non pas portée par portée, mais en comprenant qu'il faut appréhender la page entière ; ce qui s'écrit sur la première portée, en haut de la page, ne prend son sens qu'à la lecture des éléments écrits au-dessous, sur la seconde portée, la troisième, etc. Cela veut dire que non seulement on doit lire de gauche à droite, mais en même temps verticalement, de haut en bas. On doit comprendre que chaque page constitue une totalité."
Claude Lévi-Strauss, Entretien, Magazine littéraire n° 311, juin 1993