Culture ouvrière, travail et technique dans le textile, 1850 - 1914
Préface de Madeleine Reberioux,
L’Harmattan, Paris 1996 (2ème éd)
A l'origine de ce livre, un mémoire que j'avais fait sous la direction de Marcel Gillet, pionnier de "l'histoire orale" fondée sur les récits de témoins. On me demanda ensuite de réaliser une étude sur la place de la culture du travail textile dans l'identité régionale du Nord, en collaboration avec une association – cette démarche de "recherche impliquée", initiée par le Ministère de la Culture, s'inspirait des idées de Michel de Certeau, auteur de "L'invention du quotidien". La publication de "Chanter pour survivre" fut accompagnée d'une tournée avec la troupe Péterinck qui interprétait les chansons en patois, et d'une exposition présentée dans la région Nord Pas de Calais. Madeleine Rébérioux, historienne spécialiste des cultures ouvrières, eut l'amabilité de rédiger une préface. Les Annales ESC, revue de référence en histoire, firent un bon compte-rendu du livre. Bruno Bettelheim à qui je fis lire le livre m'écrivit un commentaire fort avisé sur les différents usages que l'on peut faire de la chanson, prenant l'exemple des camps de concentration. Une critique: une revue américaine trouvait que je déviais par rapport à la conception marxiste de la classe ouvrière; j'écrivais en effet dans "Chanter pour survivre" que les ouvriers n'adhéraient pas massivement au parti de l'époque, que leur culture était ailleurs, plus diversifiée, à la fois conservatrice et solidaire et ouverte .
Je décrivais cette culture comme une sorte d'hypertexte, un supralangage fondé sur l'oral (et le patois), véhiculé entre autres par la chanson, et génératrice d'une cohérence globale par delà le foisonnement de ses sources.