«II y a une particularité dans ce métier, dit un maire. Les élections ont lieu le dimanche ; le vendredi suivant vous êtes élu par le conseil municipal, et dans la nuit de vendredi à samedi, le Saint-Esprit est venu nous visiter, et vous savez tout. Le maire doit alors trancher sur des problèmes sur lesquels il n'a aucune idée ! » Les élus s'accordent sur le caractère démesuré des connaissances qu'ils sont censés posséder pour remplir leur fonction. C'est particulièrement évident dans le domaine juridique. Certes, au fil du temps, un maire ou un secrétaire de mairie acquiert une quantité de connaissances importantes et une habitude de manier le juridique, comme en témoigne parfois l'état d'usure avancé du Code des collectivités posé sur un coin du bureau. Mais le secrétaire de mairie et, surtout, l'élu changent. Les lois évoluent sans arrêt, et pas dans un sens de simplification... « Par exemple pour les questions de personnel : il faut être de plus en plus spécialisé. »
Le tout est amplifié par une interpellation croissante de la responsabilité de l'élu et par la « judiciarisation » générale de notre société. Dans la vie publique locale, le développement de cette dernière est lié à la réforme de l'administration, à la décentralisation et, plus particulièrement, à la suppression de la tutelle de l'État (1982), assimilable à «un phénomène de responsabilisation».
Extrait de Et devinez sur qui ça retombe? Ou la vie quotidienne des maires dans 32000 communes.