Témoignages anthropo-logiques

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  • Frédéric Clément carnet-clement

Une remarque de Bruno Bettelheim

L'intitulé de ce livre : "Chanter pour survivre" provient d'une de mes sources d'inspiration de l'époque : Bruno Bettelheim. Je lui fis parvenir le livre dans la résidence de Californie où il passait sa retraite. Il me répondit par une lettre qui contenait une remarque fort avisée :  Bettelheim_3

"Dans les camps de concentration, les SS insistaient pour que les prisonniers chantent tandis qu'ils marchaient vers leurs lieux de travail d'esclaves. Certains de ces chants des camps pourraient faire un intéressant projet de recherche, parce que certains d'entre eux expriment une étrange combinaison entre les attitudes des prisonniers et  celles des SS, particulièrement celui connu sous le nom de Die Moosoldaten, mais aussi certains autres. Moi, avec les autres, avons été obligés de chanter à Dachau et Buchenwald."

09 janvier 2006 dans Chanter pour survivre | Lien permanent

Le bâcleur, apprenti fileur

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06 janvier 2006 dans Chanter pour survivre | Lien permanent

En face de l'usine, l'estaminet

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06 janvier 2006 dans Chanter pour survivre | Lien permanent

L'autre travail

Une chose m'avait frappé lorsque j'avais réalisé les entretiens : les anciens du textile auxquels je demandais de remonter au plus profond de leur souvenir parlaient de cette époque avec tendresse et gaieté, là où je m'attendais à des récits dramatiques de la misère. Ces hommes et ces femmes avaient su conquérir un espace où exister malgré tout, "faire avec", se défendre, maintenir une part d'humanité quand la "civilisation mécanique" (C. Lévi-Strauss) les emportait dans son tourbillon. Alors, derrière le travail destiné à produire, apparaît un autre type de travail : le travail pour entretenir l'être-ensemble, les relations et le sens. Ne rêvons pas, cette convivialité ne représente pas la terre promise enfin découverte dans un monde cruel! Le milieu étudié est sous certains aspects étroit, fusionnel, normatif, exclusif. Mais que d'ingéniosité, quelle énergie, et tout cela qui plus est, n'est pas morose, mais chaleureux, familier, joyeux!
Cette page de l'histoire est maintenant tournée, et nous en connaissons la suite : le raz-de-marée de la Révolution Industrielle s'est retiré, nous apprenons à vivre le passage vers une autre époque. Le travail, l'emploi et d'autres grandes valeurs de l'époque de la course au progrès connaissent maintenant un processus de déconstruction. Réapparaît alors l'autre travail, le travail pour créer et entretenir le tissu des relations humaines. Le "faire-avec" bien connu des anthropologues, qui permet aux Inuits dans la nuit des glaces polaires, aux Touaregs des déserts, et aux ouvriers des fabriques de 1900 de vivre quelques soient les aléas du climat et de l'histoire. Et pour peu que l'on tende un peu l'oreille, on entendra, à toutes les époques et dans toutes les cultures, conjointement aux rythmes des outils, des voix qui se rassemblent pour enchanter le monde.
LM Février 96  (4ème de couverture de la 2ème éd.)

06 janvier 2006 dans Chanter pour survivre | Lien permanent

Bistrot, cabaret: le chez-soi de l'ouvrier

"Le comptoir d'un café est le parlement du peuple" 

Honoré de Balzac

Chanter_pour_survivre_bistrot "Le chez-soi de l'ouvrier, c'est au moins autant le cabaret que la maison. On y trouve déjà la chaleur du poêle, ce qui est loin d'être négligeable dans notre région où la rue ne peut être le lieu de rencontre qu'elle est dans le Midi.
On y trouve la chaleur d'un lieu où l'on a ses habitudes, voir une « place » réservée pour soi et ses objets :
« Chacun prend sa pipe au râtelier, la bourre à la flamande et la plonge dans la chaufferette », raconte Nadaud.
Ici, on existe : on connaît tout le monde et on est connu de tous, on peut parler et être écouté, écouter les autres : c'est la chaleur humaine du petit groupe de connaissances, animée par le cabare-tier, qui sait parler à celui qui broie du noir, faire rire celui qui plie sous le poids de la misère morale et matérielle. « Ici on rit et on se divertit » tel est le principal argument des estaminets dans leur publicité chantée (d'assez nombreuses chansons ont pour but la réclame pour tel estaminet).
Comme le carnaval, le cabaret est le moment où l'on oublie :
« Loin de nous, chassons le chagrin,
Et les soucis de la semaine,
Et comme joyeux boute-en-train,
Buvons, chantons à perdre haleine ».
L'alcool aide bien sûr à publier, aide à trouver la chaleur des relations déliées de toute contrainte, qui conduit à communier dans la chanson. (L'alcoolisme prend à l'image de la grande in¬dustrie des proportions gigantesques : la consommation de bière, « boisson nationale » de Roubaix, est de 200 litres par habitant et par an en 1875 et de 300 litres en 1913 !). Le cabaret, pour cette raison, est présenté comme un lieu de débauche par la bourgeoisie bien pensante et philanthropique. Mais les autorités locales savent que les mesures d'interdiction ne seraient en rien une solution et demandent d'ailleurs au préfet d'éviter d'y recourir, signalant que les établissements de Roubaix ne posent pas de gros problèmes.
Le cabaret dérange pour d'autres raisons. Il est le centre vital de la communauté, vital en ce sens qu'il est l'endroit privilégié où la communauté se retrouve et vit comme elle l'entend, en dehors des contraintes du travail. Lieu de rencontre et d'échange des idées, en particulier on le verra, des idées socialistes."

Extrait de "Chanter pour survivre"

06 janvier 2006 dans Chanter pour survivre | Lien permanent

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