Michel Reymond, maire et initiateur du projet, est médecin au village. Il porte la quarantaine tranquillement dynamique. Pour lui, la dimension philosophique et sociale de ce passé industriel est importante, même s'il n'en cache pas les ambivalences et est partie intégrante du projet de développement. Tout commence dans les années 1980.
- Au départ, à l'initiative, nous sommes trois copains, raconte Michel Reymond Nous discutons sur ce que nous pourrions faire d'utile pour valoriser le patrimoine de notre bourg. L'idée d'un projet autour de la faux commence à prendre forme. En 1981, nous créons une association. La municipalité de l'époque ne veut pas s'impliquer dans ce projet, donc nous volons de nos propres ailes. René Mansard en entend parler par la personne qui s'occupe d'art et d'industrie au Musée de St Etienne. Et c'est comme cela que se met en place l'action de Formation-Développement.
L'intitulé de l'action est le suivant : "Formation à l'élaboration d'un projet de développement culturel et touristique par la mise en valeur du patrimoine industriel de Pont Salomon", avec pour objectifs :
1°) Identifier, repérer et inventorier la ressource patrimoniale de Pont Salomon et de la Vallée de la Semaine.
2°) Susciter une dynamique locale de développement mettant en synergie les Etablissements Dorian (seule fabrique de faux subsistant actuellement en France) et les personnes et partenaires motivés par l'archéologie industrielle.
3°) Tout cela autour d'un projet de "musée vivant".
- Le groupe de formation était composé des membres de l'association, de gens du village (dont deux de la profession), et de deux historiens. Nous avons monté ensemble le programme, et deux formatrices du Greta ont assuré l'animation. Nous nous sommes réunis tous les quinze jours pendant un an. Il s'agissait d'asseoir le projet aussi bien dans son contenu que dans sa structuration financière.
Les thèmes de la formation : réflexion sur les finalités de développement touristique et culturel, les démarches d'inventaire patrimonial, le diagnostic de territoire, la méthodologie de projets, connaissance des financements, étude de cas.
- Nous sommes allés voir des expériences existantes, dans le Doubs (Musées Comtois de Nans sous Ste Anne et forges de Syam). Cela nous a ouvert de nouveaux horizons. Les interventions étaient inégales, mais il en est sorti un projet mieux informé et plus sûr. Au début on ne savait pas où l'on allait. Maintenant, on savait. Au départ, nous étions un peu utopistes. La Formation-Développement nous a fait passer du rêve à la réalité.
- Quel était l'enjeu de ce projet pour le village?
- L'enjeu était double : économique et culturel. Economique, parce que nous disposions d'un patrimoine porteur d'attraits touristiques. Culturel parce que ce patrimoine est ancré profondément dans la culture des gens d'ici. La municipalité précédente ne voulait pas valoriser une entreprise qui avait dominé le pays auparavant. Nous pensions que l'on pouvait transformer cette histoire industrielle et ouvrière en projet de développement. Nous voulions en finir avec les querelles inutiles, réconcilier l'entreprise avec le village, et passer à un partenariat. Ce lieu historique de la Révolution Industrielle était aussi le lieu où ont vécu les gens d'ici : chaque famille de Pont Salomon a un père ou un cousin qui a travaillé à la faux. Le projet que nous avons élaboré est structurant pour le développement : il y a une dimension touristique, culturelle, sociale (réhabilitation de logements), paysagère (zone protégée).
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Extrait de "De l'art de cultiver les projets". Photo: le musée de la Faux à Pont Salomon