Témoignages anthropo-logiques

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L'acte d'entreprendre, vu du Massif central

Edm Etre d'ici et du monde,

Entreprendre dans le Massif Central

Eds Freeway Clermont-Ferrand 1998

13 septembre 2007 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

Méthodes pour l'anthropologie du proche

Notre orientation méthodologique est celle de l'ethnologie (ou anthropologie) sociale et culturelle. Pour en résumer l'esprit, nous reprendrons  la formule de Cliford Geertz : 

"Entendre les entendements qui ne sont pas les nôtres" .Geertz1

La procédure de travail de l'ethnologie appliquée à notre propre culture est différente de celle de l'ethnologie pratiquée chez "l'autre lointain", dans les pays "exotiques". Ici, l'autre est notre voisin. Le discours que produit l'ethnologue l'implique directement dans la culture qu'il étudie, et cela change tous les termes de la démarche .

La première phase de ce travail a été l'enquête fondée sur la technique de l'entretien. Comme dans toute méthode qualitative l'échantillon de personnes sélectionné est représentatif de la diversité des situations, mais pas au sens statistique du terme. Nous les avons choisies en tant qu'"informateurs privilégiés", c'est à dire comme personnes les plus à même de nous informer sur les problématiques posées. Nous avons procédé à des entretiens de type "récit de vie" . Chacun de ces entretiens est en quelque sorte un colloque privé entre deux personnes, un travail qui dépasse la simple transmission d'informations . L'entretien a été suivi quand c'était possible d'une visite de l'entreprise. A cela s'ajoutent quelques entretiens informels. Dans certains cas particuliers, nous avons travaillé en dynamique de groupe.
Nous avons rencontré en tout 70 personnes(...).

La deuxième phase est celle de l'analyse. Après l'implication (la rencontre personnelle que représente l'entretien), c'est un temps de distanciation. Nous allons rapprocher les entretiens, mettre en évidence ce qu'ils ont en commun et ce qui les différencie, à l'aide de notions-repères.  Ensuite nous les comparerons avec d'autres situations travaillées dans d'autres études anthropologiques, et replacerons l'ensemble dans le cadre des problématiques plus générales. Dans cette étape, on peut procéder à de nouveaux entretiens pour vérifier des informations ou valider des hypothèses.

La troisième phase est celle du "récit". C'est un autre travail. Il s'agit de reprendre l'ensemble des données et analyses et de créer une "histoire" en conciliant rigueur et accessibilité pour un lecteur non spécialiste de l'ethnologie. Ce que nous présentons est une interprétation : l'ethnologue traduit la réalité avec un regard qui lui est propre; cette personnalisation de l'interaction avec les cultures étudiées est une des spécificités de l'ethnologie. 
Dans un souci de respect de l'image de marque des entreprises citées, nous avons proposé à chacune de lire la partie qui la concernait avant publication. Les réponses que nous avons reçues ont permis de corriger des erreurs et de préciser certains points.

Extrait de "Etre d'ici et du monde"

11 mars 2007 dans Etre d'ici et du monde, Le métier d'ethnologue | Lien permanent

Entreprendre dans le Massif Central? !?

         Aubrac_0022b Tout le monde s'accorde pour reconnaître qu'une région a besoin de gens entreprenants pour se maintenir en vie. A l'heure de la mondialisation, peut-on entreprendre au pays? Nous sommes allés poser la question directement aux acteurs du développement, aux quatre horizons du Massif Central.

L'objectif de l'enquête était de mettre en évidence les valeurs qui génèrent et accompagnent l'acte d'entreprendre dans le Massif Central. Activités et populations continuent de se concentrer autour des carrefours internationaux de l'économie, malgré les signes de saturation des grosses conurbations. Les autres régions continuent de se vider avec dans certains cas une réelle menace de désertification. De gros espoirs sont placés sur l'entreprise. Toutes les municipalités, tous les responsables y voient un moyen pour que le pays garde sa jeunesse et ses forces vives. L'enquête participe de cette réflexion, et informe sur ce qu’est « entreprendre au pays », quelle est la personnalité de ces entreprises tant recherchées, quelles sont les valeurs qui les animent, ce qui les retient ici, ce qui les décidera à venir.

Extrait de "Etre d'ici et du monde"

Image: neige en Aubrac

12 août 2006 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

Le rapport à la nature et le "faire avec"

Si l'on veut approfondir cette première composante de l'esprit d'entreprise - être d'ici et du monde - on rencontre rapidement le rapport à la nature et la qualité de vie qu'il procure. Nos interlocuteurs ont souligné la réalité de cette dimension, par delà les clichés banals ou militants. "Etre proche de la nature, ça rend plus intelligent", stable, fidèle, disponible, plus équilibré pour se positionner dans la complexité ambiante. Dans les considérations subjectives qui accompagnent l'acte d'entreprendre, le rapport à la nature tient une place non négligeable.  De façon plus générale, si l'on admet que la recherche d'un équilibre de vie est une préoccupation forte de nos contemporains, le Massif Central dispose assurément là d'un atout considérable.
Enfin, être d'ici et du monde, c'est forcément être de plusieurs cultures. Les isolats de tous ordres (dans une compétence technique, une profession, une institution, un diplôme, un village…) tendent à perdre de leur légitimité et à se marginaliser. La capacité à entretenir de bonnes relations avec les voisins d'ici, d'ailleurs et de toutes les cultures fait partie des qualités vitales qu'appelle notre époque. Cela nous conduit à l'autre composante de l'esprit d'entreprise qui se dégage de notre enquête : faire avec.

Extrait de la conclusion de "Etre d'ici et du monde"

11 août 2006 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

L'intimité de la vie locale comme réponse à la mondialisation et à l'insécurité

L'extension de la mondialisation génère un sentiment diffus d'insécurité : trop de choses de notre existence dépendent de phénomènes mondiaux sur lesquels nous n'avons pas de prise. En réaction à cela, on assiste depuis une quinzaine d'années à une revalorisation des identités locales : nos contemporains aiment à se retrouver dans un cercle familier, avec des personnes qu'ils connaissent, à qui ils parlent directement en buvant un verre…
C'est un signe parmi d'autres de la transformation que nos systèmes de représentation connaissent actuellement et qui touche tous les domaines de nos existences. On assiste en effet à un gigantesque travail de déconstruction - reconstruction, à la fois angoissant et passionnant, dans lequel sont en train  d'être produits de nouveaux systèmes de valeurs. Le présent ouvrage se replace dans ce contexte. L'entreprise, la mondialisation, la vie locale, le développement font partie de ces thèmes autour desquels nos contemporains méditent, s'activent et inventent des solutions pour résoudre les problèmes qu'ils vivent. Dans ces époques où les destins ne sont pas tout tracés, chacun a à écrire lui-même son histoire, chaque groupe a sans arrêt à réinventer sa position, son identité, son image. Nous avons voulu voir de quelle manière, dans l'environnement du Massif Central, les acteurs se posaient ces questions, et quelles réponses ils y apportaient.
Comment le Massif Central prend-il place dans les flux symboliques contemporains avec ses rythmes, ses cultures particulières ? C’est de cela que les entrepreneurs nous parlent.

10 août 2006 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

Devenir l'auteur du chemin qui vous relie à la communauté

Au départ, il y a le fait de se trouver un peu à l'écart et d'avoir à faire plus de chemin pour rejoindre le monde.  Ce chemin supplémentaire génère des traits de caractère, des manières d'envisager la vie sensiblement différentes. Comme personne ne viendra à vous là où vous êtes, il faut devenir l'auteur du chemin qui vous relie à la communauté. C'est dans ce premier sens que le terme s'autoriser mérite d'être retenu pour rendre compte de l'entreprise dans le Massif Central. Les cinq histoires qui suivent nous parlent de cet effort particulier et des qualités qu'il produit. Même si aujourd'hui les autoroutes et les autres moyens de communication ont considérablement réduit l'écart d'avec le monde, ce trait reste marquant dans la culture, et paradoxalement il rapproche des problématiques les plus modernes. Aujourd'hui la menace d'être laissé à l'écart tend à devenir la première préoccupation de nos contemporains. Cela nous conduit à un autre sens de s'autoriser : il apparaît de plus en plus que les repères existants sont à réajuster, et dans bien des situations, il revient à chacun de construire son chemin, de se faire l'auteur la part du monde où se joue son existence.

Le mot auteur vient du latin auctor, dérivé du verbe augere qui signifie "faire croître". L'auteur est "celui qui fait croître", "celui qui fonde et établit". L'autorité est le fait d'être auctor, c'est à dire fondateur, initiateur, conseiller, et, dans une transaction commerciale, garant, vendeur, possesseur.

Extrait de "Etre d'ici et du monde"

09 août 2006 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

Quelques extraits de "Etre d'ici et du monde"

> Le Parc Naturel Régional du Livradois Forez a été créé en 1986. Il concerne un territoire de 318000 ha comptant 110 000 habitants dans 177 communes. 32 personnes y travaillent.
Nous sommes reçus par Jacques Fournier, directeur du Parc. 
>> Lire

> La tresse à Ambert, d'hier à aujourd'hui  >> Lire

> Le Vallon du Villaret, art et plaisir des enfants: c'est un musée d'art contemporain avec ceci de particulier qu'il est en plein air, mêlé à la nature.Ce sont des œuvres d'art, mais on peut les toucher, et non seulement les toucher, on peut aussi jouer avec elles. >> Lire

>D'ici et d'ailleurs: la valeur du pluriel. Aveyron et... Pour raconter son entreprise, Evelyne Colonges a commencé par parler de sa propre histoire, cela coulait de source. >> Lire

>Existe-t-il une manière rurale de faire avec la complexité moderne ? Un de nos entretiens "mini-colloque" a porté sur ce thème. >> Lire

>Pierre Bergounioux. "Il appartenait à l'endroit. Il fut l'endroit fait homme, comme elle avait été la femme qu'il avait fallu, à un moment donné, à cet endroit." >> Lire

16 juillet 2006 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent | Commentaires (0)

S'autoriser relie au monde

S'autoriser enfin est la première valeur qui ressort de l'enquête . C'est l'effort que l'on réalise pour entreprendre et trouver sa place dans les échanges.  Paradoxalement, la mondialisation entraîne une stimulation de la capacité à développer ses propres ressources en s'appuyant sur sa force intérieure. Paradoxalement, la dynamique d'autorisation relie le Massif Central aux autres territoires qui ont le même effort à faire pour s'affirmer. 

Extrait de la conclusion de "Etre d'ici et du monde"

21 décembre 2005 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

Le mot "entreprendre"

Le sens que l'on met sur le mot entreprise évolue, car c'est un organisme dont le mode de vie est le changement permanent. Dans les deux derniers siècles jusqu'aux années 1970, on a mis au premier plan de cette dénomination les grandes entreprises industrielles, qui eurent un rôle moteur durant la Révolution Industrielle et devinrent les structures charpentes de l'époque de la consommation de masse.  A partir des années  1970 on assiste à une évolution dans deux sens : d'une part les entreprises de service concurrencent le monopole sémantique de l'entreprise industrielle, et d'autre part, les PME-PMI prennent place sur la scène, jusqu'à être reconnues aujourd'hui comme ayant un rôle déterminant dans les tissus économiques. L'évolution dans le sens de la diversité se poursuit : les exploitations agricoles, les organismes culturels sont devenus des entreprises; les TPE (très petites entreprises) commencent à se faire entendre, d'autant plus fort que l'on fait appel à l'initiative locale.
Compte-tenu de la vitesse à laquelle tout cela évolue, le mieux sera de laisser ouverte la définition d'entreprise, afin de ne pas passer à côté des attentes nouvelles de notre époque imprévisible.

16 décembre 2005 dans Etre d'ici et du monde | Lien permanent

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