13 août 2006 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent
Les observateurs de notre époque convergent vers un constat enthousiasmant (et inquiétant) : dans nos sociétés fragmentées en mutation incessante, l'individu a pour une large part à construire lui-même son chemin. Il lui faut s'autoriser, devenir lui-même l'auteur de l'histoire qu'il vit.Quelle histoire désormais allons-nous raconter à nos enfants, si nous sommes nous mêmes en train de construire notre existence? Voici les réponses des intervisionnaires de Strasbourg.
...Voilà la conclusion à laquelle arrive l'intervision de Strasbourg : l'histoire que nous racontons aux jeunes, c'est ce travail que nous réalisons pour entretenir des relations de qualité et alimenter un récit vivant générateur de cohérences. Une responsabilité qui incombe d'abord aux adultes, détenteurs du pouvoir dans les institutions. En faisant le choix de cette démarche exigeante, ils se rapprochent des jeunes, eux-mêmes en travail par définition, en transition d'un état à un autre.
Le goût et le plaisir de vivre, ce sont toutes ces histoires que les individus, jeunes et adultes, s'autorisent à vivre et à raconter, tissu vivant et précieux tendu entre nous et le monde.
La dernière séance d'intervision a ouvert la proposition suivante : Just dot it, proclame le slogan publicitaire bien connu. Maintenant que la culture des jeunes a fait sa place, et si nous nous autorisions à affirmer une culture des adultes?
On l'a vu à plusieurs reprises dans les pages qui précèdent : le goût de vivre (le sentiment que la vie est bonne à vivre et que j'y ai ma place) s'alimente à deux sources : la qualité des relations de personne à personne, et le récit, l'histoire qui nous sert de repère commun. Comment nommer ce récit? Système de valeurs, philosophie, spiritualité, loi, règles de vie, éthique, ou simple bon sens… Les intervisionnaires ont tenté plusieurs appellations pour nommer la dynamique qu'ils venaient de produire. Aucun terme n'a reçu franchement d'adhésion majoritaire. Le mieux est de laisser ce choix à l'appréciation de chacun selon sa sensibilité. Les intervisionnaires en tous cas ont préféré laisser vivre ce flottement sémantique plutôt que de cadrer trop vite dans une définition qui éteindrait le foisonnement et effacerait ce qui échappe à la définition. Il ne s'agit pas d'un récit unique et définitif, les intervisionnaires ont clairement affirmé que ce n'est pas cela dont ils ont besoin. C'est un récit à construire ensemble, à réinventer sans cesse.
30 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent
Le principe de l'intervision est simple : à chaque séance, les participants racontent des histoires vécues, et une discussion s'engage. Les rencontres sont à la fois régulières et suffisamment espacées pour laisser le temps aux questions de cheminer. Deux groupes de 10-15 personnes se sont réunis une fois par mois pendant près d'un an, jusqu'à ce qu'ils aient fait le tour de ce qu'ils avaient à se dire. Les participants sont tous engagés d'une manière ou d'une autre dans les politiques de la jeunesse, comme animateurs, éducateurs, responsables de centres de formation, agents spécialisés dans les administrations (ministère, services jeunesse des municipalités et du Conseil général…). En tout, 44 personnes âgées de 23 à 65 ans ont participé à l'intervision.
Extrait de "Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était"
>> suite: "L'intervision comme méthode d'intervention anthropologique"
Illustration de Marion Puech, extraite du livre "Le métier d'adulte..."
>> Misma, le site de Marion Puech
27 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent
Ce petit livre rend compte d'un travail réalisé avec les professionnels de la jeunesse de la région
de Strasbourg. L'objectif était de développer une culture commune pour faciliter les relations de partenariat entre eux. La méthode utilisée : l'intervision. En partant des situations vécues dans les relations avec les publics, nous échangeons sur les questions soulevées.
Assez rapidement, il s'est avéré que chacun faisait un travail important pour répondre au mieux aux attentes des publics, avec les moyens à sa disposition. Mais l'ensemble ne constituait pas une "culture commune" capable de générer un plus pour chacun. C'était un ensemble disparate et fragmenté d'expériences.
Nous nous sommes alors interrogés sur ce qu'il y avait de commun entre toutes ces expériences. Réponse : 1. Des pratiques, des méthodes de travail. 2. Un "travail" d'ajustement de l'adulte (ici, le professionnel de la jeunesse) dans ses relations avec les jeunes. Le livre développe ces deux aspects, et présente la conclusion à laquelle sont arrivés les "intervisionnaires" de Strasbourg: une réponse à la question: "Quelle histoire racontons-nous à nos enfants?"
Nous avons demandé aux élèves de l'Atelier d'illustration des 3ème années de l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg d'illustrer librement le texte.
08 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent
Une particularité notoire du groupe d'intervision : c'est un lieu hors enjeux (financiers, institutionnels, etc…), animé par une personne qui elle-même n'est pas du tout impliquée dans les enjeux locaux.
L'intervision, comme la télévision, est un puissant moyen d'émettre et de recevoir informations et émotions, à part qu'il n'y a pas besoin de caméras, d'antennes ni d'émetteurs, ni de téléviseur. Nous sommes entre nous, directement de personne à personne. Plaisir de cette rencontre… et aussi difficulté : il s'agit d'écouter, parler, se dire, comprendre la logique de l'autres, interagir. C'est en quelque sorte une formation réciproque, chaque acteur étant à un moment formateur pour les autres acteurs. C'est aussi, tout simplement, un moment de rencontre, où l'on met en circulation les émotions accumulées, sans intermédiaire, et dont on ressort toujours un peu transformé.
Les échanges se situent aussi à un second niveau : celui du recul, de la distanciation : "lever le nez du guidon". On quitte un instant les urgences, les impératifs institutionnels et financiers, et l'on met sur le tapis les questions de fond que l'on n'a pas habituellement le temps ni l'occasion d'aborder. Mon rôle en tant qu'animateur et en tant qu'ethnologue consiste d'abord à écouter, mais également à proposer des repères et interpeller les participants.
L'objectif de ce petit livre est d'ouvrir le cercle en racontant simplement ce qui s'est dit et travaillé durant cette année d'intervision.
07 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent
>> L'histoire récente de la famille est un des exemples les plus frappants des pratiques d'autorisation . Elle est un des lieux où le travail sur soi des personnes et des groupes a été le plus intense, le plus rapide et aux effets les plus spectaculaires, et pour ces raisons il nous apprend beaucoup sur la manière dont se réalisent les pratiques d'autorisation. C'est un mouvement qui vient de l'intérieur, d'entre nous, de nos intimités profondes. >> Lire l'extrait.
>> Dans une superbe mise en scène, le film Billy Eliott (2001) fait ressortir le cheminement de
l'enfant devenant adulte : rupture, travail, création… Billy Elliott nous parle de l'autorisation comme manière de répondre à l'incertitude, et comment jeunes et adultes s'y retrouvent ensemble. >> Lire l'extrait
>> Michel Fize sur "La démocratie familiale" : "La communication, l'autonomie, la tolérance deviennent les nouveaux principes, il est désormais acquis que la famille est avant tout un lieu de communication et d'échanges, que les relations doivent y être affectives et non fondées sur des rapports de force ou des situations d'autorité...." >> Lire l'extrait
>> Transmettre le goût de vivre: Voilà deux jeunes "sans histoires", et ce silence nous interpelle : leur histoire personnelle n'a pas trouvé à se rattacher à l'Histoire autour d'eux. Rien qui les rattache à la vie. A la façon des jeux de rôle, nous sommes les maîtres de jeux, et c'est à nous adultes qu'il revient de définir le monde dans lequel les jeunes vont être les acteurs : quelle histoire leur racontons-nous, quel environnement humain proposons-nous, quel est ce monde dans lequel nous les accueillons? Ce sera la question centrale de l'intervision. >> Lire l'extrait
07 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent | Commentaires (1)
Introduction: Quelle histoire allons-nous raconter à nos enfants?
1. Des jeunes sans histoire
2. Fragments de ville, fragments de vie
3. "J'avais vingt ans et j'étais fier qu'on me traite comme un homme"
4. De la crise comme source d'intelligence
5. "Vous les adultes, vous avez peur de nous"
• Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était
• Ce qui se joue dans le temps des loisirs
• Entre Family life et relation de service : le parent collectif
6. Petites réponses à de grandes questions
• Eloge du "rien" et de l'autorité clairement affirmée
• Valeur du petit projet, voire de l'acte minuscule, et rôle de l'adulte proche
7. Les institutions nous emm…, Dieu merci!
Conclusion: Le goût de vivre
01 décembre 2005 dans Le métier d'adulte n'est plus ce qu'il était | Lien permanent